Elle est interdite depuis le 7 octobre 1910, après la votation populaire du 5 juillet 1908 où cours de laquelle deux Suisses contre un avaient estimé que l'ivresse liée à l'absinthe rendait fou. Un Vaudois ayant abusé de fée verte avait tué femme et enfants.

Depuis 91 ans, la production et la consommation d'absinthe sont donc interdites. Vendue sous le manteau, la bleue du Val-de-Travers est devenu un mythe. Qui s'écroule. La nouvelle Constitution fédérale a rayé la référence à l'absinthe, dont l'interdit découle de la loi sur les denrées alimentaires.

La question est donc scientifique et technique. Si l'absinthe reste une distillée interdite, c'est en raison d'un de ses composants, la thuyone, jugée nocive à haute dose. Des études scientifiques récentes mettent cette notion en doute.

Produit conforme

Malin, le distillateur du Val-de-Travers Yves Kübler utilise une variété de plante d'absinthe pauvre en thuyone. Résultat, la distillée devient un produit conforme à l'ordonnance sur les denrées alimentaires, qui impose une teneur en thuyone inférieure à 10 milligrammes par litre. L'extrait d'absinthe produit à Môtiers présente un taux de 0,1 milligramme. Qui plus est, à 45 degrés, alors que les clandestins tirent à 50.

Il suffisait d'y penser: grâce à une astuce technique, la fée verte redevient légale et elle est commercialisée dans les commerces du Val-de-Travers depuis hier. Les nostalgiques, adeptes du marché clandestin et autres puristes rétorqueront que ce n'est pas de la vraie. Ils ont peut-être raison. Mais, foi de connaisseur, l'absence du principe actif de la thuyone n'altère pas le goût.

Les instances fédérales et le chimiste cantonal neuchâtelois, Marc Treboux, ont autorisé le retour de la bleue sur les étalages. «Il y a une seconde raison, précise le chimiste. En Europe, et en France en particulier où comme chez nous l'absinthe est toujours interdite, des tribunaux ont estimé que la fée verte sans thuyone n'est pas de l'absinthe.» Débarrassée de son agent nocif, l'absinthe circule depuis lors en grandes quantités.

Prohibée avec fracas en 1910, devenue depuis lors un apéro excitant parce qu'interdit même s'il était fabriqué clandestinement en quantité non négligeable, retrouvant une virginité légale – même s'il s'agira d'adapter la référence à la bleue dans la loi sur les denrées –, l'absinthe redevient un vulgaire produit soumis aux lois du marché.

Les Vallonniers aimeraient l'éviter, en réclamant une protection pour la fée verte du Val-de-Travers. Les démarches qu'ils ont engagées auprès de la propriété intellectuelle ont échoué, mais à l'époque la bleue était encore interdite. Ils espèrent à présent obtenir une AOC. Pour cela, ils devront replanter de l'absinthe dans leur jardin, ainsi que d'autres plantes utilisées, comme la menthe et la mélisse.