«C'est la région qui monte dans ce canton: elle a tout à gagner ces prochaines années». Secrétaire de la région Val-de-Travers, «région» au sens de la LIM, la loi sur les investissements en montagne, Christelle Melly est optimiste. Le nouveau programme de développement élaboré ces trois dernières années démontre que la région a résisté à un quart de siècle de bouleversements économiques et sociaux. En 1979, le précédent programme dressait un noir constat de la situation. A l'époque, la vallée semblait condamnée au déclin avec une population vieillissante et des entreprises chancelantes…

Au milieu des années 1970, quand l'horlogerie s'est effondrée, la région a perdu plus de 3000 habitants. C'était, pour reprendre l'expression de Léon Savary, qui vécut quelque temps à Môtiers, «la vallée de l'ombre de la mort». Licenciement, faillites, chômage, dépopulation. En 1979, le premier plan de développement prévoyait que la région compterait moins de 10 000 habitants à la fin du siècle. En fait, il lui en reste 12 500.

A son apogée économique, en 1960, le Val-de-Travers offrait 7000 emplois à ses 145 000 habitants. Depuis la mécanique en a perdu 1500 et l'horlogerie un millier. Malgré tout, il restait encore plus de 4700 places de travail en 1995, dont plus de 37% dans le secteur secondaire, ce qui est atypique pour une région dite de montagne. Ce résultat aurait pu être meilleur si, de 1991 à 1995, 640 emplois n'avaient pas disparu dans la crise. Les frontaliers en ont fait les frais (moins 40%) et le taux des pendulaires a atteint le seuil critique de 25%.

Si le moral est remonté dans cette région qui a fait le deuil de ses grosses entreprises, les statistiques démontrent pourtant que la situation n'a cessé de se dégrader. Corollaire: le revenu moyen par habitant est d'un quart inférieur à celui de la moyenne neuchâteloise, ce qui oblige les communes à taxer lourdement leurs contribuables. La secrétaire régionale Christelle Melly reste convaincue que le Val-de-Travers a un avenir. Elle met en évidence la diversification du tissu industriel et vante sa qualité de vie incomparable qui en fait un paradis pour le tourisme et les sportifs.

«Pour favoriser la création d'emplois et réclamer un meilleur accès routier, nous devrons prendre du poids politique», ajoute-t-elle. Cela passera par la création d'une Fédération regroupant les onze communes du Val. Cette fédération, que l'on appelle «commune unique», est soutenue par l'Etat. La Côte-aux-Fées, plus riche commune du canton située dans le district neuchâtelois le plus pauvre, n'en veut pas. «S'il le faut, nous partirons avec dix ou neuf communes, martèle Christelle Melly, les autres nous rejoindrons plus tard». Pour le Val-de-Travers, la fusion des villages n'est plus une vue de l'esprit, c'est une nécessité.