Portrait

Valentin Landmann, l’avocat aux mauvaises fréquentations

Star du barreau zurichois, il défend politiciens, banquiers ou Hells Angels. Il représente désormais les intérêts de Daniel M., l’ancien agent des services de renseignement en détention préventive en Allemagne pour espionnage

Qu’ont en commun les Hells Angels, l’UDC Christoph Mörgeli et l’espion Daniel M.? Leur avocat. Au tribunal, Valentin Landmann, star du barreau zurichois, ne passe pas inaperçu, avec ses cravates à motifs horlogers et les têtes de mort en argent, forgées à la main, qu’il porte comme un grigri à la ceinture. La plupart du temps, une nuée de caméras, micros et appareils photo accompagnent ses apparitions.

«Daniel M. m’a choisi parce que je n’ai pas peur lorsque ça explose», affirme l’homme de loi. Depuis l’arrestation de celui que l’Allemagne accuse d’espionnage au profit de la Suisse, l’affaire ne cesse de faire des vagues. Pour l’avocat de 66 ans, ce n’est que le plus récent d’une longue série de cas spectaculaires. «Je ne cherche pas les feux de la rampe, les dossiers médiatiques viennent à moi», affirme-t-il. Cela ne l’empêche pas d’en faire un créneau, qu’il détaille dans un livre paru en 2015 et intitulé «Sauver ce qu’il reste à sauver. La communication du désastre.»

«Je ne suis ni un publicitaire, ni un spécialiste en relations publiques, précise-t-il. Mais je peux conseiller mes clients lorsqu’ils sont dans le pétrin jusqu’au cou et que les journalistes débarquent.» Au risque d’en faire trop? «Je ne dis que ce que mon client m’autorise à dire. La médiatisation peut être un fardeau pour un accusé. Mais dans certains cas, par exemple quand la presse se montre critique envers le système judiciaire, c’est un soulagement.»

Mission: gagner du temps de vie

Dans son étude, où travaillent treize collaborateurs, Valentin Landmann s’est entouré de ses objets fétiches. «Les têtes de mort, comme les montres, symbolisent le passage du temps, que je cherche à gagner pour mes clients», souligne Valentin Landmann. Un moule de fémur en métal trône sur le bureau, cadeau de l’ancien chef des Hells Angels d’Amsterdam. La rencontre de Valentin Landmann avec le club de motards a été un tournant dans sa vie. «Son «moment d’éveil», celui où il a appris à n’avoir plus peur de rien ni personne», raconte son biographe, dans un livre qui vient de paraître*.

Valentin Landmann est connu pour défendre les meurtriers, les banquiers, les policiers, les militants d’extrême droite ou d’extrême gauche, les prostituées ou les tenanciers de bordels. Au tribunal, il a la réputation d’un homme courtois, qui ne dit jamais un mot de trop, souligne le chroniqueur judiciaire du Blick, Viktor Dammann, un contemporain de l’avocat. Autre particularité, son art de miser sur les aveux. «Maintenant, expliquons comment les choses se sont passées», conseille-t-il à son client lorsque les preuves sont là, avec la conviction qu’il veut mieux affronter que dissimuler. C’est l'«aveu Landmann», comme on dit dans le milieu.

Quand le bourgeois se transforme en biker

Né à Saint-Gall en 1950, Valentin Landmann a grandi dans un milieu intellectuel et bourgeois, entre sa mère, l’écrivain Salcia Landmann, et sa grand-mère. Son père, professeur de philosophie à Berlin, est absent la plupart du temps ou plongé dans ses études. Après de brillantes études de droit à Zurich, il part pour Hambourg, où il intègre l’institut Max Planck. Il n’a pas trente ans, est déjà promis à une belle carrière académique. Ses questionnements sur les règles qui régissent le monde de la pègre le conduiront vers le QG des Hells Angels. Un soir, il frappe à la porte de ce club très fermé demande à l’armoire à glace barbue qui se tient devant lui: «Etes-vous vraiment des gangsters?» Contre toute attente, l’homme éclate de rire et l’invite à prendre un verre.

C’est le début, avec les motards, d’une longue histoire d’amitié qui confine à la fascination. Le jeune intellectuel troque son costume-cravate contre un blouson de cuir et un bandana, apprend à rouler en Harley. Une conviction ne l’a pas lâché depuis: «Les Hells Angels sont diabolisés par un système judiciaire qui en fait un alibi pour calmer les esprits.» Il adoptera cette ligne de défense lorsqu’il deviendra consultant du chapter zurichois à son retour en Suisse, dans les années 1980.

Activités déconcertantes

Ces fréquentations lui attireront les foudres du parti radical, qu’il finira par quitter. Valentin Landmann milite aussi pour la libéralisation du travail du sexe. En 1998, il contribue à l’ouverture du premier bordel légal en Suisse à Zurich. Son attirance pour les milieux interlopes a bien failli lui coûter sa licence d’avocat. En 1996, il est condamné à un an de prison avec sursis pour blanchiment d’argent. Croyant, disait-il, favoriser la réhabilitation d’un homme qui sortait de prison, il avait mis à sa disposition une société qui a fini par se retrouver au coeur d’un vaste trafic de drogue.

Mais les amitiés de Valentin Landmann ne se confinent pas aux quartiers chauds. Il dîne régulièrement avec le tribun UDC Christoph Blocher, connu sur les bancs de l’université de Zurich. Il a aussi défendu des membres de son cercle rapproché, comme l’idéologue du parti Christoph Mörgeli lors de son conflit avec l’université de Zurich. «J’ai aussi des amis de gauche», aime souligner l’avocat. Le conseiller aux Etats socialiste Daniel Jositsch en fait partie et ne manque pas d’éloge à son égard: «C’est l’un des hommes les plus intelligents, intéressants et l’un des meilleurs avocats que je connaisse.»

* Valentin Landmann et les Panzerknacker, Manfred Schlapp

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