La vie prend parfois des virages imprévisibles. Toute jeune, Valentine Python voulait devenir agricultrice «dans une ferme avec plein d’animaux», ou alors vétérinaire. Elle sera climatologue. Près de trente ans plus tard, cette scientifique de 44 ans veut bien s’engager en politique, mais plutôt dans l’ombre des groupes de réflexion. Elle entre au parti des Verts sans la moindre ambition de participer à des élections au niveau fédéral. Six mois plus tard, la voilà propulsée au Conseil national, en pleine lumière:

Pour son parti en tout cas, cela ne pouvait pas mieux tomber. En pleine crise climatique, voilà quelqu’un qui connaît le sujet par cœur. Elle s’est plongée dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dès 2007, alors qu’elle prépare son doctorat en climatologie à l’EPFL. «Ce premier rapport que j’ai assimilé contenait déjà les scénarios du pire, soit une hausse de la température mondiale de 4 à 6 degrés d’ici à la fin du siècle par rapport à l’époque préindustrielle», se rappelle-t-elle.

A l’époque, il subsistait encore quelques conditionnels sur la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique. Certains spécialistes, dont les géologues proches de l’industrie des énergies fossiles, s’affichaient encore clairement en climatosceptiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui: «Il y a consensus scientifique et la responsabilité de l’homme est établie à 100%», relève Valentine Python.

Voilà une année donc, cette Vaudoise d’origine neuchâteloise, blogueuse au Temps, ne pensait pas une seconde décrocher un sésame au Conseil national. Depuis dix ans, elle travaille sur les liens entre santé et environnement. C’est moins concret et surtout moins spectaculaire que le renchérissement du prix de l’essence ou la taxe sur les billets d’avion, mais tout aussi inquiétant.

La Suisse en retard

«Il y a des polluants à chaque étape du système agroalimentaire: des pesticides lors de la production, des additifs dans la transformation des produits et enfin des plastifiants dans les emballages. Vous ne vous imaginez pas le cocktail de substances chimiques de synthèse qui se retrouve dans votre assiette», avertit-elle. Tout en déplorant dans la foulée le manque d’études épidémiologiques à ce sujet. «En Suisse, nous sommes très en retard à ce sujet.»

Un retard qui ne sera pas facile à combler. Certes, les médias ont multiplié les métaphores à la suite des résultats du 20 octobre, allant même jusqu’à parler de «tsunami vert». Mais si les Verts ont gagné 17 sièges au Conseil national et 4 aux Etats, les deux chambres restent dominées par une majorité de centre droit. On est loin de la situation autrichienne, où les Verts ont réussi à placer quatre de leurs représentants au nouveau gouvernement de coalition du chancelier Sebastian Kurz. Sans parler du Green Deal dévoilé récemment par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui veut investir pas moins de 100 milliards d’euros.

Cette consultante scientifique, formatrice en développement durable et enseignante a profité de sa première session parlementaire pour déposer un postulat demandant au Conseil fédéral d’examiner la possibilité d’introduire une taxe sur les transactions financières. En Suisse, le sujet relève encore de la politique-fiction, tant ce genre d’initiatives iconoclastes a toujours fini par être balayé dans les urnes par le peuple suisse.

Mais la Vaudoise veut y croire. «Cet argent frais permettrait de mieux s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique, car certains cantons – comme le Valais ou les Grisons – seront démunis face aux catastrophes naturelles», anticipe-t-elle. «Il faudra financer aussi bien des travaux de prévention que la facture des dégâts considérables qu’il y aura sur les infrastructures.»

Eviter l’avion

Bien sûr, Valentine Python, de par sa formation, aurait volontiers siégé à la Commission de l’environnement, comme presque tous ses collègues de parti d’ailleurs. Elle a cependant obtenu un siège à la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC). Ce qui l’enthousiasme, malgré son manque de visibilité dans les médias.

D’emblée, la Verte vaudoise a été confrontée à ses convictions d’écologiste limitant drastiquement ses déplacements en avion. Si sa nouvelle fonction devait l’y confronter, elle déclinerait, ne s’accordant qu’«un voyage hors d’Europe tous les cinq ans». «J’ai un devoir d’exemplarité. Ma présence ne sera pas forcément indispensable. Je me mettrai en contact avec les bonnes personnes sur le terrain», explique-t-elle.

La climatologue ne cache pas son inquiétude quant aux dernières statistiques montrant une hausse constante des passagers dans les aéroports, cela malgré l’effet Greta Thunberg et les grèves du climat. «L’urgence climatique et écologique n’a pas encore été intégrée par une majorité de la population», admet-elle. De son côté, elle se refuse à juger le comportement des autres, à commencer par celui de ses proches. «D’abord parce que c’est contre-productif et ensuite car je tiens à conserver mes amis!»


Profil

1975 Naissance à Neuchâtel.

2006 Master en histoire et géographie à l’Université de Neuchâtel.

2010 Doctorat en climatologie à l’EPFL.

2014 Diplôme d’enseignement de la Haute Ecole pédagogique du canton de Vaud.

2018 Election au Conseil communal de La Tour-de-Peilz (VD).


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