Valérie Garbani a tenu parole. En juin dernier, après plusieurs dérapages médiatisés, la conseillère communale (exécutif) de la Ville de Neuchâtel s’était engagée à démissionner «si elle ne parvenait pas à assainir sa situation personnelle».

Après un esclandre nocturne rendu public dimanche par l’ATS, l’élue socialiste n’a pas tardé à tirer les conclusions de ses actes: elle a publié un communiqué de presse hier soir peu après 18 h pour ­indiquer qu’elle quitterait ses fonctions le 30 septembre prochain. Deuxième vient-ensuite des dernières élections communales, Olivier Arni devrait lui succéder. Arrivé juste avant lui, l’ancien conseiller aux Etats Pierre Bonhôte a déjà annoncé qu’il n’était pas intéressé.

Plainte déposée

Les faits remontent à la nuit de samedi à dimanche. Vers 3 h, la police a été appelée pour une intervention à la discothèque Le Club, située à proximité du port en plein centre-ville. Au cœur d’une altercation, Valérie Garbani a été appréhendée par trois agents. Selon le porte-parole de la police cantonale, Pascal Luthi, le propriétaire de la boîte de nuit a déposé plainte contre l’ancienne conseillère nationale «pour dommage à la propriété». Elle a ensuite été emmenée au poste «contre son gré». Elle a pu regagner son domicile vers 5 h du matin. Une enquête est en cours pour déterminer le déroulement des faits avec précision.

Cet esclandre nocturne constitue un épisode de plus dans un feuilleton qui a connu de nombreux rebondissements. Valérie Garbani a défrayé la chronique en avril dernier, peu avant les élections communales. Elle avait été embarquée par la police après avoir refusé de quitter le domicile d’un ancien ami. Elle présentait un taux d’alcoolémie de 1,94 pour mille. L’affaire avait débouché sur le dépôt d’une plainte – retirée depuis. Elle avait tout de même été condamnée pour insultes et menaces contre deux agents de police, écopant de 30 jours-amendes à 150 francs avec sursis pendant deux ans.

«Fragile psychiquement»

Interrogée par Le Temps qui avait relaté les faits suite à une fuite policière, Valérie Garbani avait confié qu’elle était «fragile psychiquement». Elle avait également indiqué qu’elle subissait des violences domestiques, ce qui lui avait fait manquer plusieurs séances de travail. Après dix jours d’arrêt maladie et la promesse de ne plus recommencer, elle avait été réélue le 27 avril au sein de l’exécutif du chef-lieu. «C’est ma deuxième et dernière chance», avait-elle alors promis.

Elle a fait reparler d’elle moins de deux mois après son élection. Le 14 juin, elle était apparue à son balcon du centre-ville sur le coup de 8 h du matin en criant au vu et au su des passants de la zone piétonne. La police s’était rendue à son domicile en lui demandant «de ne plus vociférer».

Au vu des engagements pris, Valérie Garbani avait dû s’expliquer devant ses collègues du Conseil communal. Elle avait alors produit un certificat médical attestant qu’elle souffrait d’un trouble psychique identifié. Une maladie a priori «pas incompatible avec une activité professionnelle». Cette nouvelle donne médicale et le traitement entrepris avaient incité le PS et l’exécutif communal à lui donner une ultime chance. Ce dernier lui avait toutefois délivré un avertissement sévère: «Le Conseil communal ne tolérera plus d’autres actes susceptibles de mettre en cause la crédibilité des autorités.»

En présentant sa démission, Valérie Garbani a pris les devants. Dans le texte diffusé hier, elle précise qu’elle ne quitte pas ses fonctions parce qu’elle ne se sent plus apte à assumer sa tâche. Elle a pris cette décision pour «préserver» ses proches, ses collaborateurs, ses collègues, mais aussi – et surtout – elle-même.

«Je n’ai pas trouvé l’énergie»

«Je n’ai, en réalité, pas trouvé l’énergie de me remettre de la pression mise sur ma personne en mars et avril 2008 […] Il m’apparaît que seul un terme à mon activité politique et, partant, je l’espère un retour dans l’anonymat me permettront de ne pas perdre mon équilibre psychique et de me retrouver, de retrouver celle que j’étais il y a encore un peu plus d’une année.»

Président du PS du chef-lieu, Matthieu Béguelin regrette cet épilogue. «Valérie Garbani a pris sa décision seule, dans la lignée de ce qui a été déterminé au mois de juin. Sa maladie ne l’empêchait pas de faire du très bon travail. On pouvait espérer qu’il n’y ait pas de rechute. On ne pouvait pas en être certain.»