4 Mars

Valérie Piller Carrard: «Je suis la mieux armée pour défendre le troisième siège de la gauche»

Sûre de ses chances, la conseillère nationale socialiste est prête à revendiquer le siège de l’allié écologiste

Comme beaucoup de socialistes de sa génération, Valérie Piller Carrard est née à la politique un certain 3 mars 1993. Ce jour-là, le parlement refuse d’élire la Genevoise Christiane Brunner au Conseil fédéral. C’est une gifle envoyée aux femmes de ce pays. La Fribourgeoise est encore écolière. «Nous avions suivi cette journée, puis l’élection finalement de Ruth Dreifuss, dans le cadre du cours d’instruction civique. Ce moment fort m’a donné envie de m’engager», se souvient la conseillère nationale, qui n’imaginait alors pas une seconde, du haut de ses 15 ans, qu’elle siégerait un jour sous la coupole fédérale. Berne semblait alors si loin à cette fille d’ouvriers de la Broye.

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Valérie Piller Carrard va pourtant rapidement gravir les échelons de la politique. A 23 ans, elle devient la plus jeune députée du Grand Conseil fribourgeois. Employée de commerce dans une régie immobilière, elle est également vice-syndique de son village de Gletterens. En octobre 2011, elle accède au Conseil national pour vingt-trois petites voix. Cette élection est, de son aveu même, «une surprise totale».

En plein congé maternité après la naissance du deuxième de ses trois garçons, la jeune maman de 33 ans n’a pas vraiment fait campagne. Présidente du PS Broye, elle s’était mise à disposition avant tout pour que sa région soit représentée sur la liste. Mais elle va alors bénéficier d’une formidable locomotive électorale nommée Christian Levrat, dont le score canon permet aux socialistes de remporter un troisième siège.

«Conseillère en sursis»

Quatre ans plus tard, Valérie Piller Carrard surprend de nouveau. La benjamine de la députation fribourgeoise à Berne impressionne en se faisant réélire alors que la presse lui avait attribué le statut de «conseillère nationale en sursis». Elle est critiquée pour sa discrétion. Modeste et appliquée, elle vit dans l’ombre des mâles alpha du PS fribourgeois, le trio Berset-Levrat-Steiert, véritables bêtes politiques.

Surtout, pour ces élections fédérales 2015, la concurrence est féroce à l’interne. Ils sont nombreux à penser que la Broyarde ne fera pas le poids face à l’appétit des ténors du parti cantonal, David Bonny et Pierre Mauron, déterminés à décrocher un siège au National quitte à éjecter la candidate sortante. Valérie Piller Carrard fera mieux que résister à ceux que l’on surnomma les «ladykillers». La population salue l’engagement pour la politique familiale de celle qui est devenue depuis présidente de Pro Familia Suisse.

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Aujourd’hui, en se lançant dans la course à l’élection complémentaire du Conseil d’Etat, la socialiste ne vise plus une surprise, mais une confirmation. Elle va bientôt fêter ses 40 ans, l’âge de raison. Elle s’affirme: «J’ai l’expérience d’avoir travaillé dans les trois échelons de la politique suisse et la légitimité d’avoir mené à bien deux élections fédérales. Je suis la mieux armée pour défendre le troisième siège de la gauche.» Une gauche que la démission de la Verte Marie Garnier, le 8 novembre dernier, a prise au dépourvu.

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La cause des femmes

Le risque est grand que la droite s’empare de la place. «Fribourg est au-devant de débats importants, comme la réforme de l’imposition des entreprises. Avec un rapport de force de 5-2, impossible de défendre les compensations sociales nécessaires à un tel processus», plaide Valérie Piller Carrard. L’enjeu est tel à ses yeux qu’il justifie qu’elle concurrence sans état d’âme l’allié écologiste, qui a lancé sa cheffe de groupe, Sylvie Bonvin-Sansonnens, afin de tenter de conserver son siège au gouvernement. Une candidate jugée par le PS trop peu expérimentée pour tenir le choc.

Mais l’élément le plus déterminant dans le choix de Valérie Piller Carrard de se lancer demeure peut-être la défense de la cause des femmes. Si la droite, dont les partis ne présentent que des candidatures masculines, l’emporte, il n’y aurait en effet plus qu’une seule représentante féminine au Conseil d’Etat fribourgeois. Impensable pour celle qui, il y a vingt-cinq ans, se révoltait de la non-élection d’une politicienne au Conseil fédéral.

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