Une baisse de 50% des émissions de dioxyde d’azote dans la vallée de l’Arve et dans le Genevois durant le confinement. L’estimation est de la fédération Auvergne Rhône-Alpes des associations de surveillance de la qualité de l’air (Atmo), qui n’a jamais connu une telle situation.

Pour rappel, c’est le trafic routier qui génère la quantité de dioxyde d’azote. La crise sanitaire a vidé l’autoroute qui mène au tunnel du Mont-Blanc et à Chamonix. Sur l’A40, environ 90% de moins de circulation auto à partir de la mi-mars, 50% de moins de poids lourds (chiffres de l’ATMB, autoroutes et tunnel du Mont-Blanc). Le tunnel du Mont-Blanc a perdu 96% de son trafic voitures et le passage de poids lourds a chuté de 40%. Chaque année, 550 000 camions transitent par ce tunnel et 40 000 voitures circulent quotidiennement sur l’A40.

L’une des régions les plus polluées de France

Ce trafic mêlé au relief montagneux qui limite la dispersion des substances nocives ainsi qu’à une activité industrielle importante et l’utilisation chez les particuliers de chauffages anciens (bois, charbon) classe la vallée de l’Arve parmi les régions les plus polluées de France. Selon Santé publique France, 8% de la mortalité prématurée est attribuée à cette pollution atmosphérique (85 décès par an). Depuis la mi-mars, les habitants respirent mieux. «Le voile habituel de pollution quand il fait chaud a disparu, nous avons vu le ciel bleu», témoigne Anne Lasmann-Trappier, qui habite Les Houches, près de Chamonix.

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La présidente de France Nature Environnement (FNE) Haute-Savoie indique que, pour la première fois depuis plus de dix ans, «le polluant routier est en dessous de la barre des 40 µg/m3 d’air, sur les douze derniers mois.» Dans son dernier bulletin, Atmo relève que la valeur limite journalière en particules fines n’a jamais été dépassée en avril. Elle est fixée à 50 µg/m3 en moyenne journalière, à ne pas dépasser plus de 35 jours par an «si on veut limiter le risque de contracter des maladies cardiovasculaire et respiratoire, ainsi que des cancers pulmonaires».

Embellie éphémère

La France a entamé le 11 mai son déconfinement et le trafic routier reprend doucement. La crainte est que l’embellie climatique ne soit qu’éphémère. Anne Lasmann-Trappier précise: «Nous devons tirer les leçons de la crise sanitaire. Le coup de frein brutal à notre hypermobilité nous a permis de bénéficier d’un air plus sain, d’un monde moins bruyant et d’observer un retour de la biodiversité. Il faut continuer à adopter cette proximobilité en consommant localement, en redécouvrant les loisirs de proximité et en conservant par exemple des habitudes de télétravail.»

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Les associations de protection de l’environnement vont insister sur la nécessité de développer le fret ferroviaire pour endiguer le trafic des poids lourds. Et des projets comme la future autoroute du Chablais n’auraient, selon elles, plus lieu d’être. Ce tronçon entre Thonon et Machilly est par ailleurs contesté par la ville de Genève car il concurrence le Léman Express et est une invitation à prendre la voiture. Le Conseil fédéral a précisé de son côté que cette infrastructure dans la région du Grand Genève rendrait moins attractive l’utilisation des transports publics.

Amélioration à Genève

Dans Genève semi-confinée, les émissions de dioxyde d’azote ont également diminué du fait de la réduction du trafic routier et de la fermeture de l’aéroport «Une baisse de l’ordre de 50% en zone périurbaine et de 35% en zone urbaine», souligne Philippe Royer, le directeur du service de l’air. Les Verts ont arrêté un plan de mesures post-Covid-19 visant à «renforcer la résilience au niveau local.» Le député Pierre Eckert: «Il faut rapprocher travail et habitation, penser à la relocalisation économique. Et mettre en œuvre rapidement la politique climatique genevoise avec une réduction de 60% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.» Vaste programme qui promet d’âpres batailles. A l’image des 7 km de pistes cyclables supplémentaires ouvertes récemment en ville de Genève applaudis par la gauche et dénoncés par la droite.

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