«Des chalets d'une forme admirable et d'une exquise propreté étaient semés avec profusion des deux côtés de la route, le chemin lui-même ayant juste la largeur que comporte le bon goût. La verdure de la vallée rivalisait avec l'émeraude, tandis que les montagnes laissaient entrevoir, à travers leur rideau de vapeur, des masses énormes de rochers et de sapins… Quelle différence d'avec ces insupportables pavés des routes royales, cette perpétuelle monotonie, et ces avenues d'ormes poudreux!

» Les maisons étaient toujours à une certaine distance de la route, et les montagnards sont si avares de leur sol, qu'on n'apercevait pas un pouce de terre nue, à l'exception d'un sentier pour les piétons, qu'on voyait serpenter çà et là, de chalet en chalet, à travers la prairie émaillée, de manière à donner à toute la vallée l'aspect d'un immense jardin de plaisance dessiné avec la plus admirable des simplicités.

» Nous jetâmes un coup d'œil sur le peuple, qui paraissait une population toute différente des paysans de France, basanés, attachés à la glèbe, à demi barbares. Les femmes étaient tranquilles, assises aux fenêtres, s'occupant des travaux de leur sexe, au lieu de courir dans la boue avec des sabots, ou de porter des paniers comme des bêtes de somme; et les hommes semblaient n'avoir rien d'autre chose à faire dans les champs que d'orner les prairies de leurs beaux justaucorps de velours.

» L'agriculture, dans ces contrées humides et élevées, se borne à peu près aux soins de la laiterie; et les Neufchâtelois s'occupent beaucoup de la fabrication des montres. Au lieu d'être agglomérée dans les villes, l'industrie est disséminée dans les chalets et c'était sans doute à cette cause qu'il fallait attribuer en grande partie l'aisance et la propreté qui nous avaient procuré une surprise si agréable.»

Extrait de: James Fenimore Cooper, «Excursions d'une famille américaine en Suisse», Bruxelles, 1837.