Le 31 janvier dernier, vers 15h, les gardes-frontière suisses ont découvert au passage douane de la gare de Cornavin plus de quarante armes interdites dans les bagages de six personnes. Habitant la banlieue lyonnaise, celles-ci s’apprêtaient à monter dans un train en direction de la capitale rhodanienne. Les individus, des jeunes hommes de 20-25 ans, bien habillés, avaient pris un mois plus tôt un train provenant de Lyon pour Genève, pour ensuite monter à Zurich dans un avion en destination de la Thaïlande. Ils ont emprunté les mêmes moyens de transport au retour. «Le contrôle de ces personnes à Cornavin n’a pas été le fait du hasard», a laconiquement déclaré Michel Bachar, le chargé de communication du corps des gardes-frontière. Pour ne pas éveiller les soupçons, les six voyageurs se sont présentés individuellement au poste douane de la gare. Ils ont par ailleurs détruit leurs billets d’avion, ne présentant que leurs tickets de train lors de l’interrogatoire auquel ils ont été soumis.

La saisie est qualifiée d’exceptionnelle: 32 portables électrochocs, 5 appareils Taser, 10 lampes de poche électrochocs, un couteau, une matraque avec ressort. La particularité est que ces armes ont été camouflées en appareils anodins. Il faut ajouter à cette liste divers masques (de Ben Laden, Lénine, Scream, etc.), des cagoules, des menottes, des montres contrefaites de marque. Les armes saisies sont en fabrication libre en Thaïlande.

L’emploi de cet attirail demeure pour le moment mystérieux. Dans le contexte d’un banditisme très actif en région Rhône-Alpes et qui multiplie les incursions en Suisse, il paraît probable que les individus ont acquis ce matériel afin de l’utiliser eux-mêmes pour perpétrer des méfaits ou les revendre. «Les Taser sont souvent utilisés lors des car-jackings et certaines bandes enfilent des masques de carnaval lorsqu’ils commettent des braquages», indique Eric Grandjean, porte-parole de la police genevoise. Trois des six Lyonnais sont connus des services de police française sans toutefois être sous le coup d’un mandat d’arrêt. Durant leurs quatre heures d’interrogatoire, les six hommes ont refusé de répondre aux questions posées. Ils ont été ensuite relâchés et ont pu rentrer chez eux par le train. «Nous n’avons rien à leur reprocher sur le territoire suisse, ils n’ont commis aucun acte délictueux», a précisé Eric Granjean. Un volet contraventionnel a cependant été ouvert «pour importation d’armes illégales».

Les autorités douanières, qui rappellent que 90% de leur tâche consiste à contrôler les marchandises, se sont déclarées satisfaites par cette saisie. «Schengen arrive mais notre vigilance ne se relâche pas», a dit Michel Bachar. Une énigme pourtant demeure: comment un tel attirail extrêmement dangereux (un Taser dégageant 150 à 300 000 volts peut tuer) peut à la fois passer les contrôles d’aéroport et voyager dans une soute à bagages d’avion?