«J'ai eu l'idée de séquestrer Stéphane Lagonico. Je ne l'appréciais pas trop. Il avait de l'argent, il était arrogant et se croyait tout permis», raconte Christian Pidoux devant le Tribunal correctionnel de Lausanne. Les yeux rougis par les larmes, le visage gonflé, le fils de l'ancien conseiller d'Etat Philippe Pidoux a tenu la vedette lors de cette première journée d'audience. «Il me fallait 200 000 francs pour financer l'achat d'un bar et rembourser mes dettes. Si mon père avait accepté de m'aider, cette histoire n'aurait pas existé», a ajouté l'accusé. A ses côtés, Katia Pastori et Pascal Schumacher gardent le profil bas d'enfants de chœur pris en faute. Deux rangées plus loin, séparées par une nuée d'avocats et surveillées par autant de policiers, dix autres personnes impliquées dans ce rapt attendent encore d'expliquer leur rôle.

Visiblement, Christian Pidoux et Stéphane Lagonico, copains de récréation, ne s'appréciaient guère. «Il n'existait pas d'amitié particulière entre lui, son frère Marc et moi. On se connaissait, on se tolérait et on se saluait», explique la victime. Et Stéphane Lagonico d'ajouter: «Je tiens à dire qu'il est très difficile pour moi d'être là et de m'exprimer. Je suis inquiet de me retrouver face à eux.» Là s'arrête, pour cette première journée, le témoignage du kidnappé. Christian Pidoux se révèle bien plus bavard sur l'image qu'il se faisait de sa victime: «Stéphane Lagonico arrivait à des soirées de charité, avec deux heures de retard, en Porsche et en compagnie de deux super-nanas. Les autres n'avaient que peu d'importance pour lui. Cela va à l'encontre de mes convictions. Moi, je ne me suis jamais senti supérieur à un serveur.»

Durant toute l'année 1998, Christian Pidoux admet avoir caressé l'idée d'une séquestration. Le projet et la cible se sont concrétisés à l'automne. A cette époque, il accumule 30 000 francs de dettes en flambant dans des boîtes de nuit, navigue entre dépression et problèmes familiaux. «Mes parents ne me comprenaient pas, peut-être était-ce dû à mon adoption», explique-t-il. Pour lui, s'attaquer à Stéphane Lagonico, «c'était rien du tout, ou pas grand-chose». L'accusé assure qu'il ne réalisait pas la gravité de la situation. «Jamais je n'ai pensé que cela allait déraper.» Son idée, persiste-t-il, n'était pas d'exiger une rançon mais de dépouiller sa victime de ses cartes de crédit. «Je pensais qu'en obtenant ses numéros de code, en prélevant ainsi du liquide et en achetant des marchandises chères avec ses cartes, je pourrais réunir une somme substantielle. Je leur avais dit de ne pas lui faire de mal», précise Christian Pidoux.

Fin novembre 1998, Christian Pidoux demande donc à une amie de lui présenter quelqu'un «qui puisse faire peur». Celle-ci le met en contact avec «l'Italien», qui accepte de recruter des hommes de main. A cette première équipe, composée de quatre personnes, Christian Pidoux explique qu'il s'agit de faire pression sur quelqu'un qui lui doit de l'argent. Il faut le faire monter de force dans un véhicule, le retenir une journée, lui prendre son portefeuille et obtenir les codes de ses cartes. Ces exécutants d'autant de tentatives que d'échecs acceptent de participer à cette opération pour des motifs aussi futiles que «se payer des vacances». Leurs exigences financières augmentent au fil des jours. Finalement, ils espèrent toucher environ 100 000 francs pour ce «coup». Membre de ce commando, un Suisse, videur de boîte de son état, affirme qu'il n'a jamais été question de brutalités. Tirer quelqu'un dans un fourgon, le bâillonner avec du Scotch et lui menotter les mains dans le dos avant de l'abandonner une journée dans un cabanon n'étant évidemment pas synonyme de violence. Que se serait-il passé si Stéphane Lagonico avait refusé de révéler ses codes bancaires? Dans une telle situation, cette hypothèse paraissait invraisemblable, ajoute le videur.

Stéphane Lagonico devait, dans cette première phase, être enlevé devant chez lui. Pour ce faire, Christian Pidoux demande à Pascal Schumacher de lui prêter le véhicule de l'entreprise de pompes funèbres pour laquelle il travaille. «Il m'a d'abord parlé d'un déménagement. J'ai refusé en pensant qu'il n'était pas très convenable de transporter des cartons dans un corbillard. Christian Pidoux m'a relancé avec insistance. Il était stressé et inquiet. J'ai peu à peu compris de quoi il s'agissait», explique Pascal Schumacher, tout en rappelant qu'il avait concocté d'autres projets mirifiques (tels que promener les chiens de personnes âgées ou faire les courses pour des invalides) avec ce garçon dont la renommée familiale laissait augurer du succès. A partir de ce moment, toutes les tentatives du groupe échouent, soit parce que la police est dans les parages, que des passants déambulent ou que le trafic est trop dense. Une nouvelle équipe d'exécutants va être formée avant l'enlèvement proprement dit du 21 décembre 1998. Des faits qui seront instruits ultérieurement par le Tribunal.

Avant d'entrer dans le fil des événements, le président a tenté de cerner les relations qui unissaient le célèbre trio. Katia Pastori a rappelé qu'elle avait vécu sept ans avec Pascal Schumacher et que, lasse des infidélités de ce dernier, elle avait décidé de rompre en novembre 1998. Un mois plus tard, elle noue une relation intime avec Christian Pidoux. «Je n'ai jamais été avec les deux à la fois, dit-elle, et Pascal ignorait mes rapports avec Christian.» Ce dernier ajoute: «Au Brésil, on a voulu lui dire mais ce n'était pas le moment, on était hyper-stress.» Le procès reprend aujourd'hui avec l'audition des premiers témoins.