Le conflit entre la commune d'Ormont-Dessus et l'Etat de Vaud se durcit. Pour marquer son désaccord envers les exigences de l'Etat sur la restauration d'un bâtiment ancien, l'exécutif a choisi la menace. Quant au Conseil communal, il va jusqu'à compléter son propre ultimatum d'une caricature du canton sous les traits d'Hitler.

La controverse entres autorités communales et cantonales a commencé avec la destruction de l'intérieur de l'Auberge de l'Ours, à Vers-l'Eglise. Une démolition autorisée illégalement par l'exécutif d'Ormont-Dessus qui s'est, peu après, trouvé lui-même devant le fait accompli. Le Département des infrastructures a ordonné le 8 juin l'arrêt immédiat de tous les travaux de restauration entrepris à l'intérieur et à l'extérieur de ce bâtiment. A cette date, il ne restait de l'édifice, datant de 1833, que les quatre façades en bois et le toit, ainsi que quelques poutres et parois boisées à l'intérieur. Des tapisseries, des frisures et d'autres éléments, jugés tout aussi importants, ont été détruits pour faire place à l'aménagement d'un hôtel. Pour éviter que soit coulé un bloc en béton à l'intérieur de l'enveloppe en bois, le canton a exigé de la commune qu'elle cherche une solution respectant l'esprit du lieu disparu. D'autant que les bâtiments entourant l'auberge présentent aussi un intérêt architectural propre à la vallée des Ormonts. Dans ce contexte, l'Etat a imposé à la commune d'Ormont-Dessus un architecte «capable de restituer à l'auberge sa grande valeur historique et de contrôler le déroulement des travaux».

De séances de conciliation en rencontres sur le terrain, commune et canton sont parvenus à un compromis, mais de courte durée. Le 12 juillet dernier, l'avant-projet esquissé par l'architecte mandaté par le canton est approuvé par la municipalité d'Ormont-Dessus. Deux jours plus tard, les mêmes élus confirment par écrit leur décision au Département des infrastructures. Et enfin, le 25 juillet, retournement de situation. La municipalité a décidé de faire opposition au classement de l'auberge aux monuments historiques, ainsi qu'au projet. Elle juge ce dernier trop coûteux et difficilement réalisable. Aussi, elle a adressé une lettre au chef du département, Philippe Biéler, «pour lui demander de revoir la situation, faute de quoi, d'entente avec le Conseil communal, le projet de l'auberge de l'Ours sera abandonné […]».

Avis divergents

Avant de poser son ultimatum, l'exécutif ne s'est pas seulement enquis de la position de son parlement communal, mais elle a aussi obtenu de lui un soutien dans ses démarches. Un soutien qui s'est manifesté par une lettre officielle accompagnée de la caricature à l'effigie d'Hitler. En confirmant qu'il ne s'agit pas d'une farce, le président du Conseil communal, Philippe Isabel, précise que les élus ont approuvé unanimement l'envoi de ce dessin, et qu'il se réjouit de la publicité qu'il apportera à leur cause. Si, de son côté, Philippe Nicollier, municipal en charge des bâtiments, préfère prendre ses distances avec ce croquis, d'autres, en revanche, le trouvent amusant: «il reflète ce que nous pensons des autorités cantonales.» Ces derniers auraient-il trop fréquenté l'auberge de l'Ours avant sa démolition? Son ancien patron s'en était aussi servi comme tribune pour véhiculer des idées d'extrême droite.