Vaud se dit prêt, en 2009, à rentrer dans le capital de Palexpo, transformé en Société anonyme. Les conseillers d'Etat François Longchamp, à Genève, et Jean-Claude Mermoud, à Lausanne, confirment. Le premier évoque «quelques millions». Le deuxième parle d'un «montant significatif». Le parlement vaudois en débattra le moment venu.

Les synergies annoncées ce printemps au Forum des 100 organisé par L'Hebdo donnent les premiers fruits. Les radicaux François Longchamp lui-même et son vis-à-vis Pascal Broulis, président du gouvernement vaudois, avaient manifesté la volonté d'empoigner le financement de certains dossiers d'intérêt commun, tel que l'aéroport de Cointrin ou la 3e voie CFF. On se rappelle que le cofinancement de la Halle 6 n'avait pas abouti en 2000.

L'opération renvoie également à l'euphorie qui a saisi les centres de foires et de congrès sur l'Arc lémanique. Beaulieu à Lausanne vient de présenter sa future tour de 80 mètres. Le canton de Genève, après avoir revu sa gouvernance, entame la modernisation de Palexpo. Encore au bout du lac, le Centre international de conférence (CICG) prospère sous l'égide des Nations unies. L'EPFL, après le Learning Center, va bâtir sans tarder un espace consacré aux conférences sur son campus. Quand, à Montreux, le Music & Convention Center fait le plein entre raouts spécialisés et Festival de Jazz.

L'essor actuel soulève quelques questions. Cinq sites côte à côte dans un rayon de 90 kilomètres peuvent-ils survivre à la concurrence, indigène et étrangère? Ne vaudrait-il pas mieux réduire leur nombre afin de conjuguer les ressources au lieu de les disperser?

Regrouper les ressources

Pour Isabelle Aubert, la proximité est plutôt un atout qu'un obstacle. La nouvelle directrice générale du site de l'EPFL depuis le 1er mai imagine même «un seul Convention Center lémanique, car les structures existantes sont complémentaires». Il faut alors jouer avec la modularité des salles, des bâtiments. L'ancienne directrice du CICG entend persuader ses collègues et, surtout, les autorités politiques. De Genève à Montreux, on ne dit pas non. Au contraire. Car de plus en plus il s'agit de vendre une destination riche en services, hôtels, événements culturels, et non pas un simple auditoire.

Rémy Crégut, directeur du Montreux Music & Convention Center, suggère à son tour de «régionaliser l'offre», à l'image de la Côte d'Azur. Francis Scherly, de l'Institut du tourisme de l'Université de Lausanne, invite les responsables des différents centres à penser lac Léman. Jusqu'à Evian. Le pire, croit-il, serait d'adopter des demi-mesures au lieu de voir plus grand et global au nom de la région. Bien sûr, on n'en est pas encore là. Même si on est loin du chacun pour soi qui dominait il y a une quinzaine d'années, rappelle Sophie Dubuis, directrice du CICG. Les sites au bord du lac ébauchent des collaborations, partagent des ressources. Afin d'assurer leur promotion sur un marché international où les concurrents se multiplient, les centres nouent des alliances. A partir du mois de décembre, neuf organisations alémaniques et romandes, dont Beaulieu-Lausanne, le CICG et Montreux, vont «intensifier» leur visibilité et joindre leurs efforts sous le label du «Swiss Convention Centres».

Palexpo affiche ses atouts depuis longtemps en compagnie de l'Association foires suisses (AFS), qui rassemble les autres mammouths de la branche, de Zürich à Bâle, de Saint-Gall à Berne. Si, en 1982, Palexpo devait concourir avec 10 autres centres d'égale importance en Europe, aujourd'hui on en dénombre 35 sur le marché, s'exclame François Longchamp.

Enfin, Beaulieu et Montreux partagent depuis 2006 un bureau des congrès dénommé «Swiss Riviera Events». Le Musée olympique s'y est associé dès 2007.

Tourisme d'affaires porteur

A entendre Claude Petitpierre, directeur de l'Office du tourisme de Lausanne, le secteur est très porteur et en évolution: les événements se spécialisent, ils réunissent moins de personnes moins longtemps, en revanche ils prolifèrent. Les investissements consentis paraissent donc justifiés. Le tourisme d'affaires et du savoir représente 70% des nuitées enregistrées. C'est dire si l'agglomération lausannoise en dépend. Voilà pourquoi l'Association des villes suisses de congrès (SCIB) a été réactivée, note-il. Plus de 30 membres, dont Suisse Tourisme Swiss, les CFF ainsi que les villes concernées, sponsorisent son activité, entièrement consacrée à la promotion du tourisme d'affaires. Ses antennes dans plusieurs capitales européennes démarchent les clients potentiels. Du coup, indique Claude Petitpierre, son budget est passé de 300000 francs à 5 millions.

Même si on se bat encore pour certaines manifestations (les «Tuning Show» divisent Lausanne et Genève, qui organisent deux salons concurrents) et si Palexpo, par le segment du marché qu'il occupe en priorité - les grands salons internationaux - donne l'impression de faire un peu cavalier seul, la collaboration devient monnaie courante. Chacun travaille dans un domaine spécifique, répète tout le monde en chœur.

Une fois tombé d'accord sur la complémentarité des sites et le besoin de se rapprocher, il est également urgent d'investir dans l'accueil. En somme, il faut avant tout des lits, souligne Claude Petitpierre. Lausanne et son agglomération s'y attellent, tout comme le canton de Genève, où le nombre de chambres - plus de 14500 - augmente régulièrement depuis 2000 dans un parc hôtelier qui se modernise. Et dans la capitale vaudoise, dans deux ou trois ans, 600 chambres s'ajouteront aux 2700 existantes. Le canton en recense au total 9200 en 2007. L'EPFL bâtit déjà un hôtel sur son campus, Beaulieu-Lausanne en prévoit deux au cœur de sa nouvelle tour.