Le budget 2007 du canton de Vaud sera-t-il celui du retour aux chiffres noirs? A la veille de la pause estivale, le Conseil d'Etat planche sur le sujet. Une première mouture a déjà été rédigée en juin, et doit s'affiner d'ici septembre. Une chose est sûre: la version finale sera cruciale à plus d'un titre. Pour le canton d'une part. Après 18 ans de déficits, et l'explosion de sa dette (6,7 milliards aujourd'hui), Vaud peut enfin espérer un budget équilibré. Notamment grâce aux effets du plan d'assainissement DEFI, dont le second volet a été présenté lundi par les conseillers d'Etat Jacqueline Maurer, Pascal Broulis et François Marthaler (lire ci-dessous).

Le poids des élections

Mais le budget 2007 aura également un énorme poids politique à quelques mois des élections cantonales de mars prochain. Car l'ensemble de la législature sera immanquablement jugé à l'aune des prévisions gouvernementales. Dès ses débuts en 2002, le Conseil d'Etat s'était donné comme objectif un retour à l'équilibre dans sa planification financière. Le gouvernement est à bout touchant. Il manquerait encore 230 millions dans la première mouture pour atteindre l'objectif, mais les charges seraient maîtrisées.

Le grand argentier Pascal Broulis refuse pourtant de vendre la peau de l'ours, lui qui ne cesse d'insister à chaque bonne nouvelle sur la fragilité des finances vaudoises. Lundi encore, alors qu'il présentait un deuxième volet de l'opération DEFI aux résultats inespérés, il a rappelé les «nuages qui s'amoncellent» sur le canton. Et qui viennent pour la plupart du nord-est, de la Berne fédérale et de ses projets coûteux: réforme pénale (30 millions de charges en plus), allocations familiales (+18 millions), allégement fiscal pour les couples mariés (+15 millions)...

Sans compter l'initiative socialiste COSA qui coûterait 58 millions à l'Etat, soit «trois fermetures d'hôpitaux régionaux ou trois enfants de plus par classe», évalue le conseiller d'Etat, qui n'a pas caché sa ferme opposition à une initiative «populiste et démagogue».

Des comptes 2005 trop bons

Malgré ces regards inquiets tournés hors des frontières cantonales, les principaux prédateurs de l'équilibre budgétaire sont à surveiller à l'intérieur. Car il n'est pas certain que le budget 2007 obtienne le même succès que celui de 2006, accepté par une majorité historique de députés en décembre dernier. Cent trente-deux «oui» contre 15 «non» et une poignée d'abstentions ont validé le plus petit déficit de ces 15 dernières années: 59,5 millions de francs.

Mais les comptes 2005 ont depuis changé la donne: désormais, le canton de Vaud est dans les chiffres noirs, avec un bénéfice de 46,3 millions de francs. De quoi réveiller les revendications latentes, étouffées pendant des années par le spectre de la banqueroute. Les députés de gauche avaient déjà montré la voie en décembre, alors que circulaient déjà des rumeurs sur la bonne santé financière du canton. Popistes et socialistes avaient proposé une série d'amendements coûteux, les premiers restant finalement les seuls à rejeter le budget final.

Les communes et leurs alliés contre un report de charges de 17 millions prévu par le Conseil d'Etat avaient quant à eux immédiatement réagi à la publication des comptes: pas question d'entrer en matière puisque le canton allait mieux.

La gauche espère décrocher la majorité

«On sent qu'il y a des pressions», reconnaît Pascal Broulis. Le radical est engagé actuellement dans des contacts bilatéraux avec ses collègues pour établir une nouvelle version du budget plus conforme aux cibles fixées en mai en suivant la planification financière.

Reste que l'approche des élections pourrait paradoxalement faciliter la discussion: la gauche espère décrocher en mars un quatrième siège synonyme de majorité au gouvernement.

Dans ces conditions, ses trois ministres ont tout intérêt à laisser la majorité bourgeoise jouer elle-même le jeu de l'austérité. «Tout ce qui sera fait ne sera plus à faire», glisse-t-on. Ce qui n'empêche pas les deux socialistes Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon de défendre âprement leurs départements respectifs, santé-action sociale et formation-jeunesse.

Ces deux poids lourds du budget (deux tiers des charges) ne représentent que 40% des économies du second volet de DEFI, alors qu'ils avaient dû se serrer la ceinture en 2005 en dénichant les trois quarts des coupes du premier volet.