C'est irrévocable, la prochaine Fête des Vignerons fera 21 victimes. Les arbres qui longent le bas de la Place du Marché à Vevey et masquent la vue sur le lac seront abattus en février prochain pour permettre l'installation d'une scène et de gradins largement ouverts sur la toile de fond du Léman et des Alpes. Interpellée par une pétition tardive réclamant la grâce de ces arbres, la municipalité de Vevey reste inflexible: un retour en arrière remettrait en question toute la mise en scène confiée à François Rochaix. Cela vaut pour un peuplier d'Italie planté en 1959, dont le sort soulève une émotion particulière. «Nous avons même envisagé de l'intégrer dans une tour technique, mais c'était impossible», explique Rinaldo Rota, municipal de l'urbanisme.

Pour les animateurs du «Comité sauvez nos arbres», qui ont recueilli l'automne dernier 2187 signatures, il n'y a pas de recours possible. Ces opposants ne sont pas véritablement organisés, ils n'ont pas le soutien des partis ou des organisations écologistes et la ville assure ne pas avoir de raison majeure de les craindre. Mais l'on n'est jamais trop prudent. La Confrérie des Vignerons, qui redoute tout de même que la fête 1999 ne soit ternie par ce massacre à la tronçonneuse, a poussé la ville à un grand effort de communication. La municipalité a donc mandaté un consultant, va distribuer un tous-ménages et convoque une assemblée publique le 27 mai pour exposer ses projets: sitôt la fête finie, la place sera réarborisée, dans le cadre d'un réaménagement complet. Les arbres condamnés avaient poussé follement. Ils seront remplacés par de sages couverts de verdure, conformément aux gravures de l'époque romantique. Les travaux pour rendre le site plus beau qu'avant devraient coûter 1,5 million de francs, dont le tiers pour les seules plantations. La redevance de 8% que la ville percevra sur la vente des billets servira à payer ces nouveaux arbres. Qui vivront au moins jusqu'à la prochaine Fête des Vignerons. Y. R.