Le gouvernement vaudois veut doubler les taxes sur le casino de Montreux. Dans l'un de ses derniers projets de loi avant sa dissolution, il propose de prélever 50% sur le revenu brut des jeux. La loi actuelle, qui date de 1935, limite cette perception à 25%. Selon le projet, l'établissement montreusien devrait s'acquitter de ce nouveau montant, soit 4 millions supplémentaires, dès le 1er janvier prochain.

La modification de la loi mettra Montreux sur le même pied que les deux nouveaux casinos qui devraient voir le jour dans le cadre du projet de la Romande des Jeux, l'un au Château d'Ouchy, à Lausanne, l'autre au Grand hôtel des Bains, à Yverdon. Dans ces deux cas, c'est la moitié de la recette brute que l'Etat pourra percevoir, a expliqué le conseiller d'Etat Josef Zisyadis, artisan de ces accords, auxquels le parlement cantonal a récemment donné son feu vert.

«On voudrait nous faire fermer boutique qu'on ne s'y prendrait pas autrement», s'insurge Yves Montandon, directeur du Casino de Montreux. L'entreprise, qui n'a été nullement consultée, affirme qu'elle «ne saura pas où prendre l'argent». Les relations entre le gouvernement et le kursaal sont très tendues depuis que le premier a obligé le second à s'expliquer sur ses comptes et à revoir les contrats défavorables qui le lient aux fournisseurs de bandits manchots.

Le projet gouvernemental permettrait à la commune de Montreux de bénéficier d'une moitié de la taxe, comme Lausanne et Yverdon, ce qui n'est pas le cas actuellement. Pourtant le syndic Pierre Salvi est loin d'être ravi: «Je veux bien toucher 2 millions, mais à quoi me serviront-ils si le casino fait faillite?» Selon le syndic, la décision du Conseil d'Etat est «précipitée, politique, sans appréciation économique».

En attendent des lois fédérales qui tardent à être promulguées, le canton de Vaud est le premier à avoir trouvé un compromis entre l'Etat et les promoteurs de nouveaux casinos. Mais l'ouverture des établissements de Lausanne et d'Yverdon est aussi suspendue au résultat d'un référendum lancé par l'éditeur Eric Caboussat et d'autres députés de divers partis. La récolte des signatures a été difficile et tendue. Le libéral Yvan de Rham a démissionné du comité, dont il ne pouvait plus assumer «certains arguments populistes comme la menace de la pègre». A deux jours du délai, les responsables envisagent l'échec. «Mais si le référendum rate, ce n'est pas grave, lance Eric Caboussat. Je suis sûr que notre initiative, qui vise à n'autoriser qu'un unique casino dans le canton, aboutira.» Y.R.