Environnement

Vaud innove en recyclant son plastique

Extrêmement difficile à recycler, le plastique est la bête noire des déchets et de l’économie circulaire. Dans le canton de Vaud, Grandson (VD) ouvrait jeudi la première usine suisse de tri de toutes sortes de plastiques

«J’en fais quoi de ce flacon?», mime la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro dans un hangar immense et froid de la zone industrielle de Grandson, dans le canton de Vaud. La ministre de l’environnement inaugurait jeudi l’unique usine suisse de recyclage des plastiques en tous genres. «Vous voyez sûrement comme moi des sacs remplis de tubes et d’emballages en plastique consciencieusement triés et déposés à côté des poubelles de PET. Les gens, pleins de bonne volonté, ne savent tout simplement pas où les mettre! La population suisse s’est appropriée la démarche du recyclage dont nous sommes désormais champions. Aujourd’hui, dans le Jura Nord-Vaudois, nous complétons un chaînon manquant de l’économie circulaire», se réjouit-elle.

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Si la Suisse se classe en excellente position dans le palmarès européen du recyclage (en 4e place, après l’Allemagne, l’Autriche et la Belgique), le plastique reste un immense point d’interrogation. Aujourd’hui, seules environ 90 000 des quelque 780 000 tonnes de déchets plastiques annuels sont recyclés. Sous cette appellation, une cinquantaine de matières différentes sont regroupées. Le PET, les bouteilles de lait, le film plastique, les jouets en plastique dur avec du métal intégré ne sont pas tous recyclables sous la même forme, pire: certains objets contenant des impuretés nocives contaminent le tout. Alors que les bouteilles en PET (qui constituent moins de 5% du total du plastique utilisé en Suisse) sont recyclées à 82%, le reste des plastiques n’est recyclé qu’à environ 5%.

Désormais, les communes du canton de Vaud auront la possibilité d’envoyer leurs déchets jusqu’alors incinérés à l’usine de recyclage RC Plast de Grandson. «25 000 tonnes de plastique pourront être traités ici chaque année», se réjouit son directeur Xavier Prudhomme. À leurs arrivées, les détritus sont triés mécaniquement à raison de 7 à 10 tonnes par heure à l’aide de capteurs visuels, puis par le fignolage manuel par des employés. Seul 1% du plastique reçu terminera en incinération, promet Xavier Prudhomme. Une fois conditionnés en balle, ils deviennent de la matière première secondaire et sont envoyés vers les industries de régénération de plastiques n’existant pour l’instant qu’en Suisse alémanique. «C’est une question de masse critique», explique Jacqueline de Quattro. «Une fois que nous aurons de la matière, grâce au travail de RC Plast, nous pourrons ouvrir un tel centre de transformation qui sera rentable. Il y a là une filière porteuse».

L’initiative «Economie verte» sur laquelle les Suisses voteront le 25 septembre requiert d’améliorer les cycles de vie des matériaux afin de réduire les besoins en matières premières, ainsi que la production de déchets. L’objectif fédéral visé pour 2020 est d’atteindre un taux de 60% de déchets urbains recyclés: «On y arrive», déclare Xavier Prudhomme, directeur de la nouvelle usine RC Plast. «Les Suisses trient, lorsque la filière de recyclage existe. Nous allons dans le sens demandé par la Confédération». Le parti de la conseillère d’Etat libérale-radicale rejette l’initiative des Verts, sous motif qu’elle crée «une économie sous tutelle». Selon le PLR Vaud, les réglementations prévues par les Verts mettent un corset à l’économie et aux consommateurs. Le parti préfère que les ressources soient gérées de manière à laisser la place à la responsabilité individuelle et à l’innovation.

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