Quand il était à la tête d'Unicible, Francis Randin a su unifier les systèmes informatiques de quatre banques cantonales. Parviendra-t-il à donner une cohérence à l'informatique de l'Etat de Vaud, dont le développement anarchique et les ratés ont

fini par s'identifier à la crise

politique et financière du canton? Ce manager de 50 ans s'y emploie depuis le début de l'année.

Le Conseil d'Etat, qui espère avoir enfin trouvé en lui la grosse pointure capable de récupérer la vision d'ensemble et de s'imposer aux baronnies des départements et de services, a suivi ses premières recommandations: état-major informatique renforcé, contrôle parlementaire accru, création d'un comité d'orientation stratégique réunissant des universitaires, des représentants

de l'économie et d'autres administrations publiques. Entretien.

Le Temps: Vous proposez que l'Etat se dote d'un plan informatique pour la législature. Que devrait-il contenir en priorité?

Francis Randin: Des décisions sur les grandes applications transversales: gestion des salaires, perception des impôts, comptabilité de l'Etat. Ce sont les plus vulnérables, mais il faudra faire des choix pour des raisons budgétaires évidentes. Il s'agit d'investissements de l'ordre de plusieurs dizaines de millions de francs.

– Qu'avez-vous trouvé de plus préoccupant dans l'informatique de l'Etat de Vaud?

– L'absence de méthode commune. Chaque chapelle parle son langage et défend son produit, parfois avec virulence. Il faut surmonter cette situa-

tion en dessinant une sorte de plan d'urbanisme, qui fait complètement défaut aujourd'hui. L'évolution du marché nous aide. Alors qu'on a pu assister dans l'administration cantonale à une guerre entre Apple et Microsoft, la domination du second tend aujourd'hui à unifier tout le monde. Mais l'informatique vaudoise a aussi ses points forts, dans les échanges d'information, la statistique, la police, le registre foncier.

– La commission parlementaire permanente suffira-t-elle à renforcer le contrôle de députés sur un domaine aussi complexe?

– Je veux être un interprète entre la caste des techniciens, qui tend à se réfugier dans un langage inaccesssible, et des politiciens élus en raison de leur bon sens. Il ne faut pas mythifier l'informatique, c'est un outil comme un autre. L'important est que le monde politique a pris conscience de la nécessité de mettre fin à un système aussi hétérogène.

– L'insécurité est l'une des grandes faiblesses du système vaudois. Jusqu'à quel point?

– Il y a encore deux ans, n'importe qui pouvait entrer dans le réseau. Les mesures urgentes ont été prises, mais c'est insuffisant. Un contrôle précis des accès s'impose: nous devons être sûrs que tout le monde rende bien ses clés avant de partir. A plus long terme, il faut se prémunir contre les pannes.

– La fusion des centres informatiques vaudois et lausannois est-elle envisagea-

ble?

– Nous collaborons, ce qui est déjà historique! Nous travaillons en commun sur l'outil de gestion du personnel et allons unifier des réseaux métropolitains de communication qui étaient jusqu'à présent rivaux.

– Comment le canton de

Vaud entrera-t-il dans l'an 2000?

Pas trop mal. Le coût du passage est estimé à 6,3 millions de francs, contre 20 à 30 millions pour Genève.

Propos recueillis par

Yelmarc Roulet