Edito

Vaud et son million d'habitants 

Suite à la loi sur l’aménagement du territoire, le canton de Vaud doit s’adapter afin de prouver sa crédibilité et son efficacité sur le terrain

Pour s'adapter aux exigences de la loi sur l'aménagement du territoire, le canton de Vaud choisit d'utiliser toute la marge de manoeuvre laissée par la Confédération : il retient le scénario de croissance démographique le plus élevé. Celui qui le voit friser le million d'habitants en 2030, contre 760 000 aujourd'hui.

Vaud ayant connu ces dernières années une croissance spectaculaire, qui ne montre guère de signes d'essoufflement, ni sur le plan économique ni sur le plan démographique, le choix du scénario haut n'est pas absurde. Il permet aussi à l'autorité de diffuser un message de confiance dans une prospérité vaudoise perpétuelle.

Sur le plan des prévisions démographiques toutefois, ce n'est pas le plus probable. Les experts, comme la Confédération du reste, retiennent le plus souvent dans leurs prévisions le scénario moyen. Ce dernier, même s'il n'est pas spectaculairement moindre, impliquerait tout de même d'avoir à employer, loger, transporter plusieurs dizaines de milliers de Vaudois de moins d'ici quinze ans.

Et sur le plan politique, c'est le scénario de la facilité. Il donne aux autorités le plus de latitude face à l'obligation qu'ils ont de limiter les nouvelles zones à bâtir selon la croissance attendue. C'est toute l'ambiguité de la politique d'aménagement du territoire telle qu'elle est menée par le canton de Vaud et par d'autres : elle donne lieu à un discours de développement économique plus que de protection du paysage. Alors même que toutes les douloureuses adaptations en cours dans le pays, depuis que 62 % des Suisses ont accepté de durcir la LAT, ont pour objectif de freiner le mitage du territoire, à sauver ce qui peut l'être, sur le plateau et dans les vallées, de l'envahissement des constructions.

La ministre vaudoise du paysage, la PLR Jacqueline de Quattro, semble avoir trouvé le ton d'une nouvelle détermination. Ce n'est plus contre l'administration fédérale et ses «ingérences tâtillonnes» - plusieurs conflits avec Berne sont ouverts en justice - qu'elle lance ses piques. Elle a aujourd'hui ses mots les plus durs pour les communes récalcitrantes, qui s'empressent d'octroyer des permis de construire à tout va «pendant qu'on peut encore.» 

Au-delà de ce discours de surveillance, il lui reste à démontrer que le nouveau plan directeur cantonal, mis cette semaine en consultation, sera plus efficace que l'actuel, dont le bilan officiel est très mauvais. Contrairement à ses promesses et à sa réputation pionnière, l'instrument de 2008 n'a pas permis de réduire les zones à bâtir excédentaires, ni de loger la population nouvelle dans les centres dans la proportion voulue. La sévérité nouvellement affichée, dans un canton qui a toujours préféré l'autonomie communale à la planification plus autoritaire pratiquée par d'autres, doit prouver sa crédibilité et son efficacité sur le terrain. 

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