Ce soir du 24 mars 1997, Rémy*, 6 ans, est allé se coucher sans faillir à sa prière quotidienne. En compagnie de sa mère, il a remercié le petit ange pour cette belle journée et lui a demandé de lui pardonner ses faiblesses. En fait, sa journée n'avait pas été belle du tout. Pour avoir jeté quelques spaghettis à travers l'appartement, l'enfant a reçu ce que son père appelle «une bonne correction». Cette éducation musclée a conduit ce dernier à comparaître jeudi devant le Tribunal correctionnel d'Aigle pour y répondre de lésions corporelles et de violation du devoir d'assistance. La mère est également jugée pour avoir préféré envoyer son garçon à l'école plutôt que chez le médecin.

Rémy, second des trois enfants du couple, était un garçon turbulent, hyperactif dira plus tard un médecin, et qui ne se soumettait pas volontiers à l'autorité. Les parents reconnaissent que gifles, coups de pieds et cheveux tirés étaient les moyens les plus couramment utilisés pour remettre le garçon à l'ordre. Mais jamais les coups n'avaient été portés aussi fort. Alors que la mère était partie pour son cours de gymnastique et que le père, meunier de formation, s'activait à la comptabilité dans son bureau attenant à l'appartement, Rémy en a profité pour répandre le dîner du soir à travers les pièces et sur les murs. Peut-être une manière d'attirer l'attention de parents plus affairés au travail et à la bonne tenue du ménage qu'à jouer et communiquer avec leurs enfants.

En voyant les pâtes joncher le sol, le père a giflé son fils plusieurs fois avant de saisir une lanière et de le frapper sur le corps. Il a ensuite passé Rémy sous la douche froide pour calmer ses cris. Lorsque la mère est rentrée, elle a remarqué que les joues de l'enfant étaient toutes rouges et que son visage était «un peu enflé». Mais les parents assurent qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter de son état de santé et que le garçon se montrait «bonnard». Le lendemain matin, toujours aussi rouge, il prenait le chemin de l'école. Il ne fallait surtout pas manquer la classe.

Remarqué par l'institutrice

Le visage de Rémy, dont le volume avait augmenté de 30 à 50% selon un certificat médical, attire rapidement l'attention de son institutrice. Elle remarque d'abord la couleur, puis constate, en passant la main dans les cheveux de l'élève, qu'il se plaint de douleurs. Questionné, l'enfant dit qu'il a fait une bêtise, qu'il a été ensuite mis dans la baignoire par son père et qu'il est tombé. Le médecin scolaire est averti. Constatant la gravité des œdèmes, il prévient le juge de Paix. L'enfant est hospitalisé durant quatre jours pour prévenir tout risque de traumatisme crânien ou d'hémorragies. Il est ensuite placé dans un foyer avant d'être rendu à ses parents sous la surveillance des services sociaux. Une thérapie de famille est mise en place. Un véritable apprentissage de ce qu'il faut ou ne faut pas faire en matière d'éducation. Aujourd'hui, tous s'accordent à dire que la situation a bien évolué. Reste à la justice à fixer quelle sanction mérite cette violence et surtout de déterminer si les yeux d'une maman ou d'un papa ne sont pas plus à même de déceler la souffrance que ceux d'une institutrice ou d'un médecin. Le jugement sera rendu ce vendredi.

* Prénom fictif.