Un centre mondial de l'environnement à Yverdon? Après avoir rendu leur rêve public, les promoteurs de ce projet hors normes (Le Temps de jeudi) espèrent qu'ils trouveront les moyens d'achever les études de faisabilité, décisives pour aller de l'avant. Entretien avec le financier français Charles-Etienne Carton, l'un des pères de Projet 2000.

Le Temps: Votre projet a une ampleur inhabituelle pour la Suisse. Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il pourrait plaire?

Charles-Etienne Carton: C'est un grand projet c'est vrai, mais au niveau du financement, les projets de petite envergure ont plus de mal à passer. Il y a un créneau pour les grandes choses. Du reste, l'ampleur n'est pas tant dans ses dimensions que dans sa représentativité pour le pays d'accueil. Tous les gens que nous avons rencontrés en Suisse se lamentent de la morosité économique de ce pays.

– Il y a tout de même un énorme paradoxe: vous proposez une réalisation spectaculaire centrée sur l'écologie, dans un pays où la politique de l'environnement consiste plutôt à ne rien construire. Rien ne devra rester de l'Expo.01...

– Si vous demandez à Claude Martin, le président du WWF International, ce qui lui manque le plus, il vous dira que c'est la visibilité. Le petit panda, certes, on le voit partout. Mais personne ne sait exactement ce que font ces organismes qui se consacrent à l'environnement. Notre ambition est de le montrer.

– Vos interlocuteurs, politiques notamment, vont vous demander de commencer plus petit. Votre projet est-il redimensionnable?

– Oui, il est possible de faire plus petit. D'ailleurs, comme nous serions un peu à l'étroit sur les 35 hectares disponibles avec le projet actuel, je pense qu'il faudra réajuster le masterplan. En revanche, une réalisation par étapes n'est pas souhaitable. Il n'y a pas de raison de choisir Yverdon pour une implantation purement universitaire, tandis qu'un parc de loisirs sans complément scientifique n'aurait pas d'intérêt. La raison d'être du projet est dans ce mélange. Les bénéfices des activités pour le grand public seront recyclés dans la technologie durable.

– La prochaine étape consiste à achever les étapes de faisabilité. Que reste-t-il à faire?

– L'étude financière est réalisée à 80%. Pour le masterplan, qui définit les zones, les volumes, les surfaces, il y a encore beaucoup de travail. Tout comme pour l'étude des matériaux, qui devront être adaptés au fur et à mesure aux nouvelles technologies, pour répondre à l'excellence environnementale.

– Le centre à 500 millions de francs serait financé par un emprunt, convertible en obligations. Peut-on lancer une telle entreprise sans fonds propres?

– Mais il y en a, c'est tout ce que nous avons dépensé depuis trois ans! Le projet n'est pas sensible au coût de la construction. Certes, grâce à l'envergure du projet, la participation de Swissair et bientôt, je l'espère, le soutien du canton et de certaines banques locales, nous comptons bien réunir des fonds propres. Mais nous n'attendons pas d'avoir trente institutions qui mettent chacune cinq millions. Du reste, il ne faut pas qu'on puisse dire que c'est le centre de X ou celui d'Y. Les souscripteurs investiront dans un bon obligataire vert.

– Et les sponsors que vous avez contactés, comment ont-il réagi et quel sera leur rôle?

– Entre autres formes de sponsoring, les entreprises pourront soutenir des programmes éducatifs ou exposer ce qu'elles font pour l'environnement. Les plus grosses sociétés suisses ont été contactées. Toutes sont encourageantes, mais toutes attendent les études de faisabilité. Je ne peux vous en dire plus.

– Comment allez-vous gagner à votre projet les défenseurs de l'environnement?

– Le WWF International fera partie de notre association d'amis. Nous allons prochainement rencontrer Pro Natura. Mais après avoir annoncé nos intentions, nous laissons aussi venir à nous les intéressés.