Leurs sentiments varient entre la colère, le découragement et le dépit. Les habitants de Signy, après des années de lutte contre les projets d'Energie Ouest Suisse (EOS), s'étaient résignés à laisser construire les pylônes de «l'autoroute électrique» Galmiz-Verbois au-dessus de leurs maisons, constatant qu'ils n'obtiendraient pas gain de cause devant le Tribunal fédéral. En décembre dernier, la mise en service de la ligne avec une tension fortement augmentée leur a réservé une mauvaise surprise. Un crépitement continu, jugé insupportable, surtout la nuit.

Les résidents du quartier Les Echaux sont unanimes, les décibels produits par cette ligne dont la tension est de 380 000 volts ne sont de loin pas comparables à ce qu'ils connaissaient dans le passé, quand la tension de l'ancienne ligne n'était «que» de 125 000 volts. L'un des habitants résume: «Un grésillement est audible en permanence, même par temps beau et sec. Il augmente fortement quand l'air est humide, avant et après un orage par exemple. Et la pluie, le brouillard et le vent sont des facteurs aggravants.» Pour décrire ce crépitement, les habitants disent qu'ils ont le sentiment qu'il pleut en permanence, même quand le ciel est sans nuages. «On a l'impression d'être à côté d'un torrent.»

Quelques mois après la fin de la bataille pour la construction de cette autoroute électrique, les habitants concernés sont amers. Après avoir mis un terme à leurs procédures d'opposition, et touché pour certains des indemnités, ils craignent de ne plus être entendus par EOS. De fait, si la société n'entend évidemment pas démonter sa ligne qui transporte l'électricité des installations de Cleuson-Dixence en Valais à Verbois, elle est entrée en matière sur les plaintes des habitants de Signy et a mandaté un bureau d'ingénieurs acousticiens pour mesurer l'ampleur des phénomènes sonores constatés. Les résultats sont attendus à mi-juillet.

Pierre Dallèves, chef du service des lignes à EOS, affirme que le souci premier de sa société est de respecter les normes de l'ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit qui fixe à 55 décibels le jour et 45 la nuit les valeurs de planification pour les zones d'habitation. Si ces valeurs sont dépassées, EOS entrera en matière pour des mesures visant à améliorer l'isolation phonique des maisons.

Reste que les résultats de l'étude en cours pourraient donner lieu à des interprétations divergentes. La présence de l'autoroute Lausanne-Genève, à quelques centaines de mètres et parfaitement audible, peut fausser les données. Et EOS relève que le crépitement d'une ligne à haute tension, appelé «effet couronne» dans le langage des spécialistes, est un phénomène certes connu, mais qui dépend des conditions météorologiques, contrairement aux sentiments des habitants de Signy qui disent en souffrir de manière constante. «D'après nos projections informatiques, nous sommes effectivement très près des valeurs limites d'exposition au bruit, note Pierre Dallèves. Mais nous avions la même situation à Saint-Maurice. Or des tests ont montré que les valeurs mesurées étaient inférieures à nos calculs.»

Syndic de Signy et directement concerné parce que la ligne passe au-dessus de sa maison, Eugène Pradervand attend lui aussi les résultats des mesures avec impatience. Dans les mois qui ont précédé la mise en service des installations et lors de ses discussions avec EOS, la commune a mis l'accent sur l'esthétique (les pylônes sont plus étroits et plus hauts) et sur les effets du champ électromagnétique.

En revanche, jamais EOS n'a évoqué, avant de mettre sa ligne sous une tension maximale, les nuisances sonores qu'elle risquait d'engendrer. Eugène Pradervand le regrette et note qu'une banalisation du phénomène par EOS provoquerait de vives réactions parmi les habitants touchés. L'un des voisins du syndic, plus désabusé, tente de vendre sa maison depuis plusieurs mois. Sans succès. Il a écrit à EOS pour se plaindre de la diminution de la valeur de son bien-fonds, qu'il estime à 150 000 francs.