«Il faut pouvoir concilier nature et activité humaine», déclare Jacqueline de Quattro, qui doit hausser le ton pour se faire entendre. En contrebas, une équipe de Pro Natura s’affaire à tronçonner des sapins. Juchée sur une butte face à un parterre de journalistes habillés pour la mousson – l’invitation du gouvernement vaudois précisait de venir chaussé de bottes –, l’élue PLR surplombe la zone humide pour laquelle tout le monde s’est déplacé vendredi à Ormont-Dessus. La conseillère d’Etat en charge de l’environnement y a convié la presse à l’occasion de la fin des travaux de restauration de deux bas-marais d’importance nationale.

Ces 200 dernières années, 90% des zones humides ont été détruites

Catherine Strehler-Perrin, directrice de la conservation de la nature pour le canton de Vaud

C’est une simple clairière, qui ressemble fort à n’importe quelle autre clairière. Elle joue néanmoins un rôle important. «Faune et flore en Suisse ne se portent pas aussi bien qu’il n’y paraît. La quasi-totalité des batraciens est par exemple menacée», explique Catherine Strehler-Perrin, directrice de la conservation de la nature pour le canton de Vaud. «Des espaces comme ce marais sont cruciaux à leur survie ainsi qu’à celle d’autres espèces spécialisées comme la salamandre noire, des libellules et des papillons indigènes.» La priorité actuelle consiste à rendre leur qualité à ces zones marécageuses, qui représentent moins de 1% du territoire suisse.

Car les temps sont durs. «Ces 200 dernières années, 90% des zones humides ont été détruites», déplore Catherine Strehler-Perrin. Pour répondre à leur raréfaction, plus de 60 sites vaudois bénéficieront ainsi d’une politique de revitalisation d’ici à 2019. Encore bien conservé, le canton détient, aux côtés du Tessin, de Berne et des Grisons, le plus de biotopes d’«importance nationale». En plus des marais, la liste comprend des zones alluviales, des sites de reproduction de batraciens et des prairies et pâturages secs.

Voir aussi: Carte des bas-marais suisses d’importance nationale

L’homme: créateur et fossoyeur des marais

La majeure partie des bas-marais actuels sont nés de l’activité humaine, sur des surfaces défrichées et partiellement drainées. Aujourd’hui, le changement climatique, les canaux de drainage mis en place pour l’agriculture intensive ou encore l’abandon, comme dans le cas d’Ormont-Dessus, menacent ces biotopes. Dans cette région des Préalpes vaudoises, l’agriculture de montagne traditionnelle perd du terrain, les prés ne sont plus fauchés comme auparavant et les arbres reviennent, prenant le pas sur cet écosystème fragile.

Depuis l’approbation de l’initiative de Rothenthurm en 1987, les marais sont protégés dans la Constitution fédérale. A partir d’un inventaire dressé par la Confédération, il incombe donc aux cantons de protéger et d’entretenir ces sites, sur la base de conventions passées avec leurs propriétaires et exploitants. Le chemin est encore long: seuls 40% des marais recensés dans le canton de Vaud sont actuellement protégés.

La facture finale échoit à 65% à Berne, le reste étant à charge des cantons. Les particuliers qui disposent d’un terrain recensé par la Confédération comme d’importance nationale ne sont donc pas tenus de contribuer financièrement aux travaux de restauration. Ils ne sont toutefois pas toujours enchantés. «Une intervention de revitalisation sur leurs terres suscite la crainte de l’augmentation des nuisances liées à la faune et aux insectes, ainsi qu’au retour de l’eau, qui peut déborder sur des parcelles exploitées», explique Catherine Strehler-Perrin. Et d’ajouter: «Il faut les convaincre!»

Des objectifs ambitieux

Les Préalpes constituent la région la mieux conservée du canton. Sur le reste du territoire, «la pression démographique est très forte», reconnaît Jacqueline de Quattro. Qui cite cependant le futur delta du Rhône, un projet qui vise à renaturer l’embouchure du fleuve, comme exemple de succès potentiel en plaine. «L’objectif final est de créer un réseau écologique pour permettre aux animaux de se déplacer d’une zone à une autre, explique-t-elle. Un plan d’action cantonal pour la biodiversité est en cours de préparation, qui sera dévoilé dès 2018.»

Lire aussi: Un delta lacustre pour la biodiversité de l’embouchure du Rhône