Les fonctionnaires vaudois font bloc contre le Conseil d'Etat. Les trois organisations faîtières de la fonction publique ont refusé hier d'entrer en matière sur le sacrifice salarial de 35 millions, exigé par le gouvernement comme contribution au redressement des finances cantonales. L'an dernier, les associations s'étaient déchirées sur la convention salariale 1998. Au moment où commence cette nouvelle bataille, les fronts se sont durcis: le gouvernement a retrouvé entre-temps une forte majorité de droite et les syndicats parlent désormais d'une seule voix, pour le moment du moins (voir LT de mercredi).

Pour 1998, l'effort demandé aux fonctionnaires était de 21 millions de francs. Pour 1999, l'exigence monte à 35 millions. Un montant que le gouvernement met en parallèle avec la contribution pratiquement équivalente que les communes se sont déclarées prêtes à verser. «L'objectif n'est pas négociable», a affirmé le Conseil d'Etat, qui laisse par contre le choix des moyens. Il propose un menu de sacrifice composé de 14 pilules. Comme aucune d'entre elles ne suffit à atteindre la cible, les employés de l'Etat devront en avaler plusieurs. Il y a les grosses et les petites. Exemples:

– suppression totale des annuités légales: 27, 6 millions;

– contribution de solidarité de 1% à 2,5% sur les salaires, comme en 1998: 21,2 millions;

– hausse des cotisations à la caisse de pension de 8% à 10%: 29 millions;

– gel des engagements de fonctionnaires: 3 millions;

– abaissement des allocations familiales au minimum légal: 1 million;

– suppression des cadeaux d'ancienneté et de départ: 900 000 francs;

– réduction des forfaits repas de 20 à 18 fr.: 180 000 francs.

Selon les estimations officielles d'avant les vacances, la suppression de la compensation au renchérissement aurait permis d'économiser 9 millions. Mais le ministre des Finances, Charles Favre, a dû annoncer hier aux représentants des fonctionnaires que l'inflation annuelle ne dépasserait pas 0,1% et que, par conséquent, le déficit du budget 1999 s'en trouvait diminué de 7,5 millions de francs. Les syndicats se déclarent choqués de voir que cette embellie ne diminue en rien les prétentions du gouvernement sur la masse salariale. Face au niet des associations, le Conseil d'Etat décidera mercredi prochain s'il maintient ses objectifs de politique salariale, ce qui est probable. Quant aux délégués des fonctionnaires, ils préparent la mobilisation, ce qui mettra à l'épreuve l'unité retrouvée entre les ailes dure et modérée de la fonction publique.