Pour avoir falsifié les comptes de l'Etat, Pierre-Alain Buffat est condamné à un an de prison avec sursis. Ce verdict, prononcé hier contre l'ancien grand commis des finances vaudoises, met un épilogue judiciaire à une affaire qui avait mis le canton en état de choc et largement contribué à décrédibiliser les autorités (Le Temps des 13, 14 et 15 juillet).

Ce fonctionnaire modèle, chef du service des finances pendant 20 ans, avait fini par devenir, grâce à ses compétences et ses connaissances jalousement gardées, le seul maître à bord du département. Le gouvernement lui faisait une totale confiance. C'est bien ce que souligne le jugement du tribunal de district de Lausanne: Pierre-Alain Buffat était l'ultime garant des comptes de l'Etat. L'approbation de ceux-ci par le gouvernement était purement formelle, puisque ce dernier n'était pas en mesure d'en vérifier l'exactitude.

Comme la défense et le Ministère public lui-même, la cour n'a pas retenu le délit de gestion déloyale. L'accusé n'a nullement agi par volonté de s'enrichir. En revanche, le tribunal a reconnu Pierre-Alain Buffat coupable de faux dans les titres dans l'exercice d'une fonction publique. Durant quatre ans, par diverses manipulations comptables, il a dissimulé l'état réel des finances cantonales, en cachant tout à la fois l'explosion des intérêts de la dette à court terme et les surcoûts du programme informatique Procofiev.

Pour le tribunal, présidé par Jean-Pascal Rodieux, il est évident qu'il ne s'agit ni de bévues, ni d'évacuation momentanée d'un problème, mais bien d'agissements réfléchis et répétés, suffisamment complexes pour être difficiles à déceler. Les juges sont convaincus que c'est dans la personnalité du haut fonctionnaire qu'il faut chercher l'explication d'actes difficilement compréhensibles. Avant de revenir sur ses déclarations pendant le procès, l'accusé avait admis lors de l'instruction avoir agi par orgueil, parce qu'il ne pouvait admettre que ses compétences avaient été prises en défaut, ni avouer ses faiblesses alors qu'il traquait celles des autres.

C'était un homme «fier, perfectionniste et solitaire, qui croyait pouvoir tout régler tout seul.» En février 1995, au moment où l'affaire éclate, la liste des commissions et groupes de travail dans lesquels il siège couvre trois pages A4. Et pourtant, jamais il n'a élevé la moindre protestation contre cette accumulation de charges. C'est que cet homme, «qui s'était toujours senti différent, toujours dans la nécessité de faire ses preuves, trouvait dans cette situation une dimension compensatoire.» Au point qu'un témoin a pu dire qu'il avait épousé l'Etat. Sa santé, puis sa dépression ont certes joué un rôle. Mais il a commis ses faux de manière répétée et savait très bien qu'un long délai pouvait s'écouler jusqu'à ce qu'il soit découvert. Il est sûr aussi qu'il n'aurait encouru aucun risque à se confier au chef du département. Tout cela relativise la thèse de l'attitude para-suicidaire plaidée par la défense, qui demandait l'acquittement. Si la responsabilité de l'accusé est entière, sa culpabilité est de moyenne ampleur, conclut le jugement. La peine, inférieure aux 18 mois de prison requis par le procureur général, en tient compte.

Pierre-Alain Buffat a déjà été lourdement sanctionné par la perte de sa fonction et le retentissement public de l'affaire.