«Si j'avais voulu faire quelque chose de bien, j'aurais dû utiliser des boulons de 10…» Une petite phrase, lâchée par Bernard (prénom fictif) au sujet des bombes qu'il a longuement confectionnées. La police en a découvert trois chez lui, farcies de mitraille et de lames de cutter. Avait-il l'intention d'utiliser ces engins destructeurs? Afin de le déterminer, le Tribunal correctionnel de Lausanne doit se pencher sur le parcours et le passé de cet ancien légionnaire, devenu toxicomane.

A 41 ans, l'homme est aujourd'hui un «héros» rangé de la zone lausannoise. S'il se retrouve devant les juges, c'est finalement à cause d'une histoire de pétards. Pas seulement ceux que l'on fume, mais surtout ceux «qui vous explosent à la gueule». Un jour d'avril 1998, Bernard a en effet vendu un joint sur les escaliers de la place Saint-Laurent. Les agents ont donc débarqué chez lui, espérant y trouver un kilo d'herbe.

Sous le lit, ils sont alors tombés sur une mallette fermée. A l'intérieur, trois bombes artisanales et un cocktail incendiaire. Avec, à côté, un pantalon militaire thaï et une cagoule. Ces «bombinettes», comme les a appelées Bernard, ne contenaient pas que de la poudre noire, mais aussi des trombones et d'autres débris métalliques, pouvant blesser gravement ou tuer.

Menaçant les policiers, le toxicomane a dit qu'il voulait se suicider, en volant un camion-citerne et en se lançant avec ces bombes contre l'Hôtel de police. Bernard cultivait alors en lui la haine et la violence. Celle qui a jalonné sa vie. Après une enfance meurtrie, sans formation, il s'est engagé en 1978 à la Légion. Il désertera une année plus tard, après avoir notamment vécu trois jours de combats au Zaïre. D'après ce qu'il affirme, il part ensuite, en 1986, en Afghanistan, «en reporter photo indépendant», où il sera confronté à des tirs.

En Suisse, c'est son passé judiciaire qui parle. L'homme a été condamné une première fois pour le vol d'une grenade, à l'armée. «En souvenir. Parce que c'était plus facile que de prendre la cravate du commandant…» Par la suite, il a été condamné à 7 ans de prison, à Genève, pour avoir tenté d'égorger une prostituée. Un crime commandité par un proxénète. Il a également été jugé pour son activité de souteneur et pour vols.

Aujourd'hui rentier AI, Bernard effectue de petits boulots pour le pasteur des rues de Lausanne. La doctoresse qui le suit depuis six ans au travers de son traitement à la méthadone a décrit toute l'évolution positive du personnage. Cette violence qu'il avait en lui cachait en fait sa peur. C'était, selon elle, un moyen de défense et une manière de se valoriser. Mais il a pu en parler, et l'exprime désormais autrement.

L'ancien légionnaire dit aujourd'hui que ses bombes n'étaient qu'une expérience, destinée à épater la galerie, qu'il n'avait pas l'intention de les faire exploser, et qu'elles n'auraient de toute façon pas fonctionné. Selon son défenseur, toute cette affaire «n'est qu'une amorce». Les engins, faits de trois fois rien, n'avaient pas de pouvoir destructeur. Ces bombes n'étaient qu'un jeu pour faire mousser les copains.

Pourtant, face aux juges, l'ancien légionnaire s'emporte encore quand il parle de la police. Il y voit un complot. «Ils ont tout fait pour m'enfoncer.» Pour le substitut du procureur, Bernard est ainsi un «nostalgique de la violence», qui souffre du syndrome de l'ancien combattant et se bat contre des ennemis institutionnels et la société au quotidien. «Il n'a pas fait un outil d'épate, mais une vraie arme, qu'il a fabriquée pendant un mois.» Le représentant du Ministère public a requis quinze mois avec sursis. Rambo de pacotille ou paumé violent? Le Tribunal correctionnel rendra son verdict aujourd'hui.