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Le centre d’hébergement de Perreux est passé en mains fédérales en 2014.
© Keystone

Asile

Vaud et Valais: ces cantons qui trouent la carte de l’asile

Les cantons romands s’étaient engagés à recueillir 1200 demandeurs d’asile en 2014. Les places sont distribuées, manque encore le canton de Vaud

Alors que la carte des centres fédéraux pour requérants d’asile se dessine, un grand point d’interrogation plane toujours sur le canton de Vaud. Pour accueillir 1280 demandeurs d’asile en Suisse romande, comme demandé par la Conférence nationale sur l’asile en mars 2014, Genève, Neuchâtel et Fribourg ont fait leur part. Reste un centre de départ à établir entre Vaud et Valais. Plusieurs communes ont été citées comme potentielles mais la décision traîne.

«Ce qui a été décidé c’est que chaque canton apporte sa pierre à l’édifice, sauf le Jura qui est trop petit», explique Martin Reichlin du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). «Quatre centres verront le jour en Suisse Romande et pour avoir une marge de manœuvre, nous avons décidé d’agencer un centre dit «de réserve"». La restructuration fédérale des places d’accueil prévoit que la Confédération dispose de 5000 places d’hébergement de requérants réparties dans six régions, au lieu de 1600 dont elle disposait en 2014 au moment de la Conférence. Ceci de manière à ce que les cantons aient moins de demandeurs d’asile à prendre en charge qu’auparavant.

«Trouver des solutions justes»

Les six régions définies par les représentants de la Confédération, des cantons et des villes sont divisées comme suit: le canton de Zurich, le canton de Berne, la Suisse romande, la Suisse centrale et le Tessin, la Suisse du Nord-Ouest et la Suisse orientale. Il est prévu que la Confédération exploite dans chaque région un centre de procédure et jusqu’à trois centres de départ. Le nombre de places attribuées varie et la Suisse romande est largement la plus sollicitée avec une capacité d’accueil de 1280 personnes requise. «Le but du SEM est de trouver des solutions non seulement justes sur le plan technique, mais soutenues tant par les cantons que par les communes», reprend Martin Reichlin.

Avant leurs élections cantonales respectives, les cantons de Vaud et du Valais ne prendront aucune mesure. Ces questions sont politiquement trop sensibles.

Contrairement à leurs homologues, les conseillers d’Etat valaisan Oskar Freysinger (UDC) et vaudois Philippe Leuba (PLR) ne se pressent pas pour faire aboutir ce dossier. Ils refusent d’ailleurs tous deux de se prononcer quand les journalistes les interrogent. «Avant leurs élections cantonales respectives, les cantons de Vaud et du Valais ne prendront aucune mesure. Ces questions sont politiquement trop sensibles», confie une source qui connaît bien le dossier.

Lire aussi: L’asile, un marché convoité (juin 2016)

A l’évocation de transformer l’ancien aérodrome militaire valaisan de Tourtemagne en centre d’asile, une pétition préventive soutenue par tous les partis de la commune a vu le jour. «D’un point de vue politique, il sera plus acceptable pour Oskar Freysinger de défendre l’installation en Valais d’un centre de réserve qui risque de ne jamais servir. Vaud écopera du centre de départ. Philippe Leuba a une attitude équivoque sur les dossiers de l’asile: il veut jouer les durs mais c’est l’un des plus laxistes», déclare une autre source valaisanne. Faut-il faire un lien entre l’absence de solution vaudoise et le fait que Vaud soit un mauvais élève en matière d’asile?

Vaud joue la montre

La commune vaudoise de Vallorbe accueille déjà un centre fédéral de requérants depuis la fin des années 1990. Alors logiquement, on s’est tourné vers elle pour y installer le centre de renvoi. Mais son syndic et ses 3500 habitants s’y sont farouchement opposés. Ils estiment qu’ils ont fait leur part. Face à ce refus, les autorités vaudoises ont identifié un nouveau site: le cantonnement militaire de Dailly sur la commune de Lavey, dans le Chablais vaudois. La caserne est occupée par l’armée mais pourrait être libérée en 2019. La Municipalité y est plutôt favorable, mais le blocage se fait cette fois sur le plan fédéral: la place militaire est excentrée et ses dortoirs souterrains sont peu propices à l’accueil de migrants. «Nous étions d’accord d’entrer en discussion, mais celle-ci n’a jamais eu lieu», livre son syndic Yvan Ponnaz.

Pendant que le canton de Vaud joue la montre, trois autres cantons s’engageaient pour combler les attentes de la Confédération, en accord avec leurs autorités communales.

A Neuchâtel, l’affaire a été plutôt aisée. Le centre d’hébergement de Perreux existait déjà depuis 2011 et est passé en mains fédérales en 2014. En 2016, le Secrétariat d’Etat aux migrations a donc choisi le site pour y placer son centre fédéral de procédure, avec une capacité d’accueil de 480 personnes. On y recueille et enregistre les données personnelles du requérant d’asile qui y séjourne sur une durée maximale de trois mois.

Lire également: La carte des centres pour requérants d'asile se dessine (février 2016)

Un premier centre de départ de 250 places sera implanté dans le canton de Fribourg, à Chevrilles. L’ouverture du foyer de la Gouglera prévue courant 2017 ne devrait pas avoir lieu avant l’hiver prochain, en raison d’un récent sabotage qui fait actuellement l’objet d’une enquête policière. Des personnes déboutées y seront accueillies dans l’attente de l’exécution de leur rapatriement, pour une durée totale de séjour qui ne dépassera pas deux mois.

Le second centre de départ a été arrêté dans le canton de Genève au Grand-Saconnex pour abriter très brièvement les migrants qui doivent quitter la Suisse. Le bâtiment de 250 places sera construit aux abords de l’aéroport de Cointrin d’ici à 2019.


Vaud, le mauvais élève en matière d’asile

En juin dernier, Simonetta Sommaruga, ministre fédérale de la justice, rappelait à l’ordre le canton de Vaud sur son laxisme en matière de renvoi des requérants d’asile déboutés. «Les cantons n’ont aucune marge d’acceptation», martelait-elle en ordonnant au Conseil d’Etat vaudois d’exécuter ses décisions. Car la proportion de cas en suspens par rapport au nombre de requérants attribués au canton y est de 57% plus élevée que la moyenne des cantons suisses.

L’affaire ne date pas d’hier. Il y a une dizaine d’années, l’affaire des «523» requérants déboutés avait secoué les autorités vaudoises et soulevé une vague de protestation solidaire. Une poignée d’associations avaient réussi à faire régulariser des centaines d’entre eux dans les années 2000.

Mais les choses changent. En ce moment, le Grand Conseil vaudois mène les discussions sur le projet de loi vaudoise d’application de la législation fédérale sur les étrangers (LVLEtr). Il s’agit d’adapter le droit cantonal après l’adoption de l’initiative sur le renvoi des étrangers criminels. Les modifications légales prévoient une mise en détention des étrangers en situation irrégulière sur ordre de l’administration. Un durcissement de la politique cantonale qui fait déjà se lever une vague d’oppositions. (A. Sk.) 

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