Les débordements de l'automne dernier à Lausanne en marge d'une manifestation hostile à la visite de Christoph Blocher au Comptoir suisse ont marqué durablement Jacqueline de Quattro. Après des assises consacrées à la violence organisées en mars, la conseillère d'Etat vaudoise responsable de la Sécurité s'attaque maintenant aux cagoules et autres objets dangereux dans les manifestations. Elle exauce un vœu émis par le commandant de la police cantonale, Eric Lehmann. Au lendemain des échauffourées dans les rues de la capitale vaudoise, il réclamait la possibilité d'intervenir auprès des manifestants qui cachent leur visage.

Prévenir et dissuader

Un communiqué de presse diffusé hier annonçait ainsi la mise en consultation d'un avant-projet modifiant la loi pénale, qui date de 1940. Un nouvel article permettra à la police d'intervenir à l'encontre de personnes masquées ou munies de tout instrument susceptible de provoquer des dommages.

Jacqueline de Quattro souhaitait un arrêté gouvernemental pendant la durée de l'Euro 08 par crainte des hooligans. Pour l'heure, la magistrate radicale a obtenu l'accord du collège en vue d'une révision législative durable. Après la consultation, ouverte jusqu'au 30 juin 2008, son département pourra élaborer un projet de loi que le Conseil d'Etat soumettra au parlement. Certes, d'ici là, l'Euro ne sera plus qu'un souvenir. Mais les déprédations du 1er mai lausannois ont fini par justifier la procédure législative engagée jeudi.

Vaud s'inspire d'une disposition bâloise avalisée par le Tribunal fédéral. Mais d'autres cantons interdisent la cagoule: Zurich, Lucerne, Thurgovie, Argovie, Schaffhouse et Genève, échaudé durablement par les émeutes liées à la tenue du G8 à Evian en 2003.

Bref, il s'agit de prévenir au lieu de guérir. De bloquer un casseur potentiel avant qu'il passe à l'action. Pétri de bon sens, le principe suscite cependant quelques réserves. Notamment auprès des policiers, qui redoutent les conséquences d'une interpellation au milieu d'un groupe sans raison apparente. Le risque de tomber dans la provocation est grand, reconnaissent-ils. Toutefois Patrick Puhl, porte-parole de la police genevoise, salue l'effet préventif de la mesure. Car il s'agit surtout de dissuader, de désamorcer, d'empêcher les malintentionnés de sévir, même s'il est difficile de tirer un bilan définitif.

L'interdiction, une fois acceptée, ne s'appliquera pas en revanche aux carnavals et autres défilés où le port d'un masque est en relation avec le but de la manifestation.