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Vaud veut redorer la voie de l’apprentissage

Le Conseil d’Etat veut valoriser l’image des filières professionnelles. Décriées par les jeunes et leurs parents, elles sont pourtant «un véritable tremplin», pour la ministre Cesla Amarelle

La formation professionnelle n’attire que 21% des Vaudois à l’issue de leur 11e année d’étude. «Ils sont plus nombreux à opter pour le gymnase ou une solution intermédiaire, comme un semestre de motivation, ou l’Ecole de la transition», détaillait Cesla Amarelle hier à Lausanne, en marge du Salon des métiers et de la formation. La conseillère d’Etat regrette que des jeunes n’obtenant pas de certification doivent ensuite rebrousser chemin pour intégrer une formation professionnelle. «Huit ans plus tard, ils sont 46% à faire ce choix», souligne-t-elle.

Pour éviter cette «perte de temps durant laquelle le jeune se cherche», le canton de Vaud a mis en place une série de mesures et d’objectifs pour valoriser cette orientation. Une opération séduction qui passe par le renforcement de son image auprès des élèves, des parents, mais aussi des enseignants et des entreprises. «Renforcer la formation professionnelle est le point 1.1 du programme de législature du Conseil d’Etat pour les années 2017-2022», a martelé la conseillère d’Etat.

Perçu à tort comme une «voie pour les mauvais élèves»

Une priorité donnée d’autant plus nécessaire que «le nombre de jeunes de 15 à 19 ans augmente dans le canton», assure Lionel Eperon, directeur général du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Pourtant considéré comme un modèle par de nombreux pays, «le système dual suisse est perçu, à tort, comme une voie pour les mauvais élèves, observe Cesla Amarelle. D’autre part, trop d’élèves hésitent à l’emprunter en ne s’estimant, à 16 ans, pas assez mûrs pour le faire. Les entreprises leur donnent d’ailleurs raison quand elles préfèrent recruter un candidat de 19 ans.»

Pour inverser la tendance, le Conseil d’Etat s’est fixé trois objectifs: convaincre davantage d’étudiants au cours de leur orientation, augmenter le taux de diplômés à 95% – au lieu des 86% actuels – et créer 1000 places d’apprentissage ciblées selon la demande d’ici à 2022. Pour atteindre ces buts, l’Etat n’est pas le seul acteur en jeu. «Nous n’avons pas la main sur l’ensemble de ces axes, pointe Lionel Eperon. Mais nous pouvons agir sur l’orientation scolaire et l’accompagnement professionnel de ces apprentis.»

Généraliser les stages en entreprise

Pour mieux les informer, des référents ont été désignés dans tous les établissements de scolarité obligatoire pour présenter les 175 filières professionnelles existant dans le canton, et aider les jeunes à rédiger un CV ou à trouver un stage. «Nous souhaitons d’ailleurs généraliser la réalisation d’un stage de cinq jours en entreprise, déjà proposé par certains établissements, ainsi que le projet LIFT – porté par la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie – qui permet aux jeunes de se familiariser avec le monde du travail pendant trois mois renouvelables», indique le directeur général du DFJC.

Pour le Conseil d’Etat, l’essentiel est que les élèves vaudois aient une certification reconnue, que ce soit une attestation fédérale de formation professionnelle, un certificat fédéral de capacité, une PAI (prolongation d’apprentissage pour l’intégration, qui s’adresse aux allophones), ou une maturité. «C’est un tremplin pour la vie professionnelle comme pour l’ensemble des études et un moyen de prévenir les risques de précarisation», estime Cesla Amarelle, même si aucune donnée chiffrée sur le sujet n’est disponible.

Diminution du taux d'échec

Un indicateur est particulièrement surveillé: le taux de réussite aux examens. Pour prévenir les échecs, des bilans réguliers avec les apprentis ont été instaurés. Les plus forts taux d’échec sont ceux des filières électricité et horticulture (un des critères de réussite de l’examen dans cette dernière consiste dans l’apprentissage de 350 noms de plantes en latin). «Grâce à de nouveaux moyens pédagogiques et mnémotechniques, nous sommes passés cette année d’un taux d’échec de 40 à 23%», se réjouit Lionel Eperon. De premiers effets qui tendent à montrer que le nouveau système mis en place est efficace.

En cas de rupture de contrat, un dispositif d’accompagnement a été déployé pour réorienter l’apprenti. «75% des apprentis dans cette situation retrouvent un poste dans les trois mois», déclare-t-il. La création de postes à pourvoir reste l’axe sur lequel l’Etat a le moins d’emprise. «Mais à mi-législature, nous comptons déjà 592 nouveaux postes», se félicite-t-il. 49% d’entre eux sont à pourvoir au sein d’entreprises privées dans les secteurs de l’hôtellerie, de la gastronomie ou de la construction, et 25% de ces postes ont été créés par l’Etat de Vaud lui-même au sein du CHUV, d’écoles ou de gymnases.

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