Six doyens qui démissionnent en bloc, cela n’arrive pas tous les jours, quel que soit le lieu d’enseignement. Une décision soutenue à l’unisson par les 80 professeurs du CL réunis dimanche en assemblée générale. C’est dire que l’heure est grave au Conservatoire de Lausanne, comme l’a relevé l’Association des professeurs ce mardi dans les locaux de la Fédération syndicale SUD sur un air d’orchestre du Titanic. Dès l’entame de la conférence, le ton est donné et la partition est remplie de fausses notes. Les doyens laissent transparaître de la crainte sur leurs visages et ne souhaitent pas être pris en photo, encore moins que leur nom apparaisse dans un article «par peur des représailles», précise José-Daniel Pernas, secrétaire fédéral du syndicat SUD. Une situation désolante qui reflète le climat de tension qui règne actuellement dans les classes du Conservatoire de Lausanne.

Problèmes de longue date

Si cette démission collective a de quoi surprendre, les difficultés auxquelles sont confrontés les membres de la direction de l’établissement ne sont pas nouvelles. Au mois de mars 2018 les premiers signaux d’alarme se faisaient déjà ressentir au sein de la Haute Ecole de musique de Lausanne (HEMU), filière d’études supérieures du Conservatoire. Cesla Amarelle, conseillère d’Etat vaudoise en charge de la formation, avait dû intervenir pour mettre de l’ordre en se séparant par exemple du directeur de l’institution Hervé Klopfenstein à la suite d’un audit externe.

Malgré une nouvelle direction désignée par le conseil de fondation en 2018, composée de John Cohen à la tête de l’établissement et Noémie L. Robidas à la direction générale de la Haute Ecole de Musique et Conservatoire de Lausanne, les problèmes n’ont cessé de se multiplier à nouveau ces derniers mois. Le déficit récurrent est alarmant et des décisions sont prises pour essayer de renflouer les caisses, comme l’augmentation de l’écolage ou la diminution du salaire des enseignants.

«Il est important de bien discerner nos différents combats», clarifie José-Daniel Pernas avant de poursuivre. «La baisse des salaires est un dossier brûlant mais ça n’a rien à voir avec ce que nous venons dénoncer aujourd’hui, c’est-à-dire les problèmes de gouvernance qui risquent d’impacter la qualité de notre enseignement et donc de se répercuter sur les élèves.» Noémie L. Robidas en appelle au professionnalisme des enseignants pour que les cours soient assurés dans les meilleures conditions.

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Nouvel audit en cours

Les doyens dénoncent quant à eux un manque de vision sur le long terme, des décisions prises dans l’urgence, des postes laissés vacants ainsi qu’un manque de reconnaissance. Une doyenne cite en exemple l’annulation des portes ouvertes de l’établissement au prétexte du covid. Un événement dynamique qui aurait permis d’attirer de nouveaux élèves et donc d’assurer de nouvelles rentrées d’argent. «Certains étudiants quittent le Conservatoire à cause des dysfonctionnements, d’autres ne savent même pas qui est leur prof et voient leurs cours constamment annulés», s’indigne le représentant des doyens, qui lui aussi souhaite rester anonyme. Noémie L. Robidas reconnaît les critiques de gouvernance précitées mais tient à rappeler qu’elles datent d’avant son arrivée.

Face à ces différents problèmes, les démissionnaires refusent de porter en leur nom «les conséquences potentielles de la gestion calamiteuse de la direction» et lâchent donc leur poste en plein milieu d’année scolaire. «Avec cet acte, nous souhaitons envoyer un message à la direction et leur dire: Réveillez-vous», lance José-Daniel Pernas. La directrice générale Noémie L. Robidas prend acte «avec regrets et tristesse du choix de ses doyens» et souhaite désormais attendre les conclusions d’un nouvel audit lancé ce mois pour réagir à la crise actuelle. «Grâce à des spécialistes, nous allons pouvoir déterminer quelles seront les solutions d’amélioration au niveau de la gouvernance. Aucune décision ne sera prise dans la précipitation car nous souhaitons adopter des mesures drastiques afin de préparer le futur sereinement», indique-t-elle tout en souhaitant calmer le jeu et que les doyens puissent retrouver leur rang une fois la hache de guerre enterrée.

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