Ce n'est encore qu'un vaste chantier à quelques mètres du Palais de Beaulieu à Lausanne. La clinique La Source a entamé des grands travaux, pour agrandir les bâtiments de l'école d'infirmière, construire un parking souterrain et aménager un centre de radiothérapie.

Pour Michel Walther, directeur de La Source, cet équipement de pointe pour traiter les cancers correspond à un réel besoin, malgré le fait que dans un rayon de 60 kilomètres, l'hôpital cantonal de Genève, le Centre hospitalier universitaire vaudois et la clinique de Genolier disposent déjà de telles installations. La Source affirme d'ailleurs sa volonté de collaborer activement avec le CHUV. Il n'empêche que l'ouverture d'un tel complexe, prévu pour le début de l'an 2000, a suscité des interrogations parmi les députés du Grand Conseil, inquiets des conséquences pour les coûts de la santé.

Si rien n'empêche la clinique lausannoise d'ouvrir son centre de radiothérapie à la date prévue, il en ira peut-être autrement à l'avenir. Le conseiller d'Etat Charles-Louis Rochat ne fait pas mystère de ses intentions: son département prépare les bases légales pour introduire une clause du besoin pour les équipements médicaux lourds. L'acquisition de tels équipements serait subordonnée à l'autorisation des instances de santé cantonales. L'idée, discutée dans le cadre de la table ronde, a été accueillie favorablement au sein du groupe de travail santé-social. Vaud s'apprête donc à suivre les exemples de Neuchâtel où une loi similaire est entrée en vigueur l'an dernier et Genève où un avant-projet de loi visant à limiter l'acquisition, la mise en service et l'utilisation de tels appareils est en consultation. Genève entend soumettre à la clause du besoin les scanners à rayons X, les appareils d'imagerie à résonance magnétique (IRM) et toutes les installations de radiothérapie notamment.

Vaud et Genève tirent le même constat: ils sont suréquipés. Pour les IRM, la France estime qu'une installation pour 450 000 habitants est suffisante, voire deux si la région compte un hôpital universitaire. Selon ces normes, les deux cantons lémaniques devraient disposer de 4 IRM au total. A Genève, 10 IRM sont recensés dont 8 dans le secteur privé. Dans le canton de Vaud, on compte 14 appareils de ce type. La pléthore est identique pour les scanners à tel point que le Département genevois de l'action sociale et de la santé n'hésite pas à qualifier cette forte densité d'équipements de «débauche, qui ne peut aujourd'hui plus inconsidérément se poursuivre, au risque de mettre en péril l'équilibre financier du système de santé dans notre canton».

Solution par la contrainte

Si les autorités cantonales tapent du poing sur la table et entendre résoudre le problème par la contrainte, c'est parce que les autres méthodes ont échoué. Les Vaudois avaient mis sur pied, du temps où le radical Philippe Pidoux dirigeait la santé publique, une Fondation «SPECIMED», censée coordonner entre les établissements sanitaires publics et privés l'acquisition des équipements médicaux sophistiqués. SPECIMED a été dissoute au milieu des années 90, minée par l'impossibilité des différents partenaires de s'entendre. Charles-Louis Rochat a tiré les conséquences de cet échec. Le magistrat libéral convient qu'introduire une clause du besoin est une restriction à la liberté de commerce, mais qu'elle se justifie «par un intérêt public prépondérant et parce que les règles économiques normales ne s'appliquent pas au secteur de la santé.»

Le débat n'est pas encore entamé dans le canton de Vaud, mais le chef du Département de la santé et de l'action sociale s'attend d'ores et déjà à de vives résistances. A Genève, le délai de consultation du projet de son homologue Guy-Olivier Segond est fixé au 30 juin. Les médecins genevois ne sont pas chauds: cette clause du besoin arrive trop tard, parce que les banques mènent désormais une politique de plus en plus restrictive pour financer les investissements dans le secteur médical. Autre raison du scepticisme des milieux médicaux selon Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l'Association des médecins genevois: les examens radiologiques, toutes catégories confondues, ne représenteraient que 1% des coûts de la santé.