Ainsi Genève devenait dimanche le troisième canton romand après Neuchâtel et Jura à instaurer un salaire minimum. Un oui franc à 58%, et le taux plancher «le plus haut du monde», selon euronews, à 23 francs de l’heure, soit 4100 francs par mois. Trente mille salariés vont désormais profiter de cette hausse de salaire dont deux tiers de femmes.

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Vaud n’est pas connu pour être en reste avec ses politiques sociales, en 2011 il était même le premier à proposer à ses citoyens une telle garantie de décence pour ses travailleurs les plus précarisés. Le vote avait failli passer, les Vaudois avaient finalement refusé à 51% de devenir pionniers en Suisse sur la question. Le Conseil d’Etat de l’époque préconisait de rejeter cette initiative, «casse-tête» administratif puisqu’elle exigeait des nuances par région et par branche. Trois ans plus tard, c’est au niveau fédéral que l’on a voté, et là encore Vaud s’y est opposé, comme tous les autres cantons du pays sans exception. L’inscription dans la Constitution fédérale d’un salaire minimum partout pareil, malgré les différences économiques régionales, n’était pas la bonne solution: trois quarts des Suisses l’ont éconduite.

Chez les Vaudois, rien ne presse

Le signal fort donné ce week-end par les Genevois a-t-il réinsufflé un élan à la gauche vaudoise et l’envie de revenir au combat prestement? Pas vraiment. L’idée de relancer une initiative populaire existe, mais rien ne presse.

En janvier 2019, Jean-Michel Dolivo, ancien député et figure de proue de SolidaritéS, tirait un parallèle vaudois avec la situation française des «gilets jaunes». Il signait une tribune dans le journal 24 heures en demandant l’introduction d’un salaire minimum légal dans le canton à 4500 francs. «Nombre de secteurs économiques ne sont pas couverts par des conventions collectives de travail: un salaire minimum serait le seul moyen pour des dizaines de milliers de salariés d’obtenir un salaire à peu près décent, écrivait-il. Et même dans certaines branches pourtant soumises à une convention collective, les salaires minimaux n’ont rien de décent.»

Cette semaine, contacté par téléphone, Jean-Michel Dolivo pointe les secteurs de la coiffure, de l’emploi domestique, du nettoyage ou encore de l’hôtellerie-restauration qui posent problème. «Le salaire mensuel de ce dernier secteur, pour la catégorie la plus basse, c’est-à-dire un employé sans apprentissage, s’établit à 3470 francs. La pandémie a mis en évidence une très grande précarité, des situations où des Vaudois n’avaient pas de quoi manger et parmi eux, beaucoup de salariés.» Si une coalition de gauche lance une initiative, il la soutiendra bien évidemment, mais dans son parti, rien n’est prévu pour le moment.

Son camarade Hadrien Buclin, député SolidaritéS, pense qu’avec la majorité actuelle de droite au Grand Conseil, mieux vaut passer par une initiative populaire que par la voie parlementaire. «J’espère que des discussions auront lieu très rapidement. Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour qu’une telle votation soit acceptée par le peuple.» Qui serait le porte-drapeau de cette action? SolidaritéS n’aime pas profiler des individus, mais espère une large coalition de gauche pour porter la cause.

Aux syndicats de porter l’initiative

Du côté du Parti socialiste, on laisse également la main. «Nous sommes favorables au lancement d’une initiative populaire soutenue par l’ensemble de la gauche et nous nous réjouissons de participer activement à la récolte de signatures», répond la présidente de la section vaudoise, Jessica Jaccoud. Mais pourquoi ne pas profiter de profiler le PS en menant l’opération? «Les partis de gauche, dont le PS, ont décidé en 2019 de laisser le syndicat Unia s’imposer comme chef de file. Il a davantage de compétences pour fixer la hauteur du salaire minimum.» Jessica Jaccoud ne doute pas non plus d’un accueil disposé de la population sur la question. «Les temps ont changé, les suffrages de ce week-end sur la libre circulation et le salaire minimum dans le canton de Genève plaident en faveur de mesures d’accompagnement fortes.»

C’est donc vers Yves Defferrard d’Unia Vaud que l’on se tourne. Le secrétaire régional quittera ses fonctions à la fin de l’année, mais assure que ce genre de combat dépend davantage des instances militantes que de lui et de son poste. «Unia et d’autres syndicats se sont emparés de la question du salaire minimum et vont se coordonner. Nous allons mettre en œuvre une initiative dès que tous les paramètres seront réunis.» Pour lui, la priorité actuelle tient plutôt des conséquences de la pandémie: «Chaque jour, ce sont entre 500 et 2000 personnes qui nous appellent pour des soucis financiers liés à leur travail.» Reçoit-il des pressions des travailleurs précarisés, qui s’impatientent de n’être pas décemment salariés? «Non, je crois que les gens comprennent que nous sommes en processus. Nos 20000 membres sont au courant que cela va arriver.»

Les Vaudois devront donc encore attendre pour avoir un taux plancher. La piste du salaire horaire qui a passé à Genève semble pour le moment la plus à même de séduire une majorité de l’opinion.

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