Il porte généralement une veste bavaroise, François Pointet, façon de se démarquer, de rendre hommage aux origines de sa femme de Stuttgart, et même parfois de se faire aborder par des inconnus. Il a des yeux qui rient lorsque sa figure reste sérieuse, il se maintient parfois en retrait, comme lors de sa première session à Berne en décembre où il était en mode «observation».

Mais comme son cerveau de mathématicien semble fonctionner à 1000 à l’heure, on se doute qu’il a assimilé un grand nombre d’infos dont il se servira très vite. A la surprise générale, mais d’abord et surtout la sienne, il apprenait à 22h30 le 20 octobre dernier, jour des élections fédérales, qu’il remportait le 19e siège de la députation vaudoise. Celui-là même que tous les partis se disputaient.

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Le président du Parti vert’libéral vaudois siège donc désormais aux côtés d’Isabelle Chevalley, ravie de pouvoir diviser son travail d’unique représentante romande du parti par deux, voire par trois, avec l’élection du Genevois Michel Matter. Mais qu’est-ce qui fait l’essence d’un Vert’libéral?

«Tout est dans le terme», répond en synthèse François Pointet. «Nous sommes avant tout libéraux, mais en récupérant les responsabilités que certaines personnes ont oubliées: un profond respect social et environnemental. Je crois sincèrement qu’en prenant en charge le social, l’Etat déresponsabilise l’individu, qui n’ira plus aider son voisin parce qu’il en est déchargé. Et c’est la même chose au niveau environnemental. Je pense qu’une grande tranche de la population peut le faire d’elle-même sans se reposer sur le système. Mais attention, je ne suis pas pour supprimer toute l’aide sociale, on a besoin d’une base de protection minimale tenue par l’Etat.»

Un discours nostalgique

François Pointet est resté longtemps aux études; à 28 ans, il présentait sa thèse de géométrie différentielle à l’Université de Lausanne, avant de partir faire un postdoc à Cologne. Lorsqu’il jette un œil dans son rétroviseur, il voit que, depuis ses années étudiantes, le monde a changé. «La force économique de la Suisse a nécessité l’augmentation de notre population. Mais à cause de cela, les choses se sont resserrées: il est plus difficile de trouver un logement, de se déplacer, le rythme de travail s’est accéléré et le nombre d’informations à capter s’est multiplié. D’un côté, cela offre beaucoup de possibilités, de l’autre, cette accélération fait courir le risque que beaucoup soient laissés de côté.»

Plaide-t-il pour autant pour une décroissance? «C’est un joli discours nostalgique, mais il faudrait que les personnes qui la prônent se plongent dans les années 1950 dans certaines régions périphériques de Suisse. Seraient-elles prêtes à se nourrir presque exclusivement de patates de leur jardin? Non, je suis plutôt d’avis qu’il faut utiliser moins d’énergie pour faire la même chose. La jeune génération l’a bien compris avec son rapport particulier à la possession: il s’agit moins pour eux de posséder une voiture que d’aller d’un point A à un point B facilement.»

Il faut entendre François Pointet parler des subventions. Pour connaître le vrai prix des choses, il s’agirait de supprimer toutes les subventions qui se trouvent sur leur chemin. Le pétrole deviendrait beaucoup trop cher, les voitures aussi, on passerait très vite aux énergies renouvelables. Professionnellement, l’homme est actif dans une société de services informatiques qui gère par exemple les infrastructures du domaine routier. Comment optimiser les entretiens des routes, relever les lieux des accidents et modifier ensuite le réseau pour les minimiser: c’est lui. Des outils vendus à 90% aux collectivités publiques.

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Une fille aînée dans ses pas

Côté famille, François Pointet habite à Jongny, sur les hauteurs de la Riviera vaudoise, avec sa femme (qui y est municipale) et ses deux filles, Cloé, 22 ans, et Léonie, 19 ans. C’est d’ailleurs Cloé qui l’a remplacé sur les bancs du Grand Conseil vaudois au moment, pour lui, de partir sous la coupole fédérale.

«C’est un petit parti que les Vert’libéraux Riviera et pour les cantonales, en 2017, on avait besoin de noms. Elle a accepté ma demande, mais s’est mise tout au bas de la liste. Ses camarades de gymnase ont massivement voté pour elle, et elle est remontée jusqu’à être la première des viennent-ensuite. Au moment de prendre la décision d’entrer ou non au Grand Conseil en octobre dernier, elle en a eu très envie, et cela lui a paru conciliable avec ses études de maths à l’EPFL. Elle a très vite pris la parole devant l’assemblée des parlementaires, ce que j’ai trouvé courageux.»

En homme du centre, à Berne, François Pointet vote avec la gauche sur la revitalisation des cours d’eau, avec la droite sur les avions de combat. Il trouve les débats passionnants et se plaît à la Commission de la sécurité, où il tente de trouver des compromis entre «la droite conservatrice» et «la gauche dogmatique». Ils sont 16 parlementaires vert’libéraux dans l’hémicycle, soit deux par commission, dont dix nouveaux. Il incarne lui aussi, à sa manière, la face nouvelle du parlement.


Profil

1969 Naissance.

1997 Docteur ès sciences.

2014 Présidence du PVL Vaud.

2017 Election au Grand Conseil vaudois.

2019 Election au Conseil national.