Si Guillaume Morand, dit Toto Morand, apparaît comme un candidat anecdote avec son «parti de rien» et son t-shirt rose bonbon, c’est oublier qu’il a tout de même récolté 5,7% des voix aux dernières élections cantonales en 2012. Ainsi, il dépassait le score de Vaud libre et à 700 voix près, aurait égalisé celui de la gauche radicale. A 54 ans, le fondateur des magasins de baskets Pomp it up et Pompes funèbres brigue donc de nouveau un siège au Conseil d’Etat vaudois lors des élections cantonales du 30 avril.

Je suis là pour parler de thèmes sur lesquels l’équipe sortante ne veut pas débattre

Sur qui peut-il compter? «Je défends les petits commerçants lausannois contre leur érosion et les agriculteurs vaudois qui se sentent moins soutenus par l’UDC aujourd’hui qu’ils ne l’étaient par le PAI, dit-il. Certains d’entre eux me le rendent dans les urnes». Sa pétition pour un prix du lait équitable a récolté plus de 3800 signatures.

«Je suis là pour parler de thèmes sur lesquels l’équipe sortante ne veut pas débattre, dénonce encore Toto Morand. Je suis le seul candidat à avoir parlé de l’agriculture durant la campagne. Je veux imposer un taux plancher fiscal aux entreprises multinationales et arrêter de favoriser systématiquement les tout-puissants». Il commente son programme dans des vidéos amateurs, la dernière a été visionnée 17 000 fois.

Un réseau culturel

Les likes et les soutiens pleuvent sur sa page Facebook. Parmi eux, le journaliste Jacques Pilet, l’écrivain Quentin Mouron, l’humoriste Jean-Luc Barbezat ou encore le nouveau directeur de l’Arsenic Patrick de Rham. C’est que Toto Morand s’est engagé à leurs côtés depuis des années pour certains combats locaux comme la survie de la Dolce Vita, du festival de la Cité ou de la forêt du Flon. «C’est un homme de terrain avec les pieds sur terre et la tête bien faite», décrit Stefano Stoll, directeur du Festival Images Vevey. «J’apprécie son franc-parler et le regard qu’il porte sur les thèmes de société m’intrigue. C’est un regard enraciné dans son environnement économique, social et culturel, parce qu’il observe ce canton depuis des années. Il l’aime et ça se voit».

C’est sûr, Stefano Stoll lui réserve une place sur sa liste électorale. «Le bilan du Conseil d’Etat sortant est bon et la prochaine législature sera dans une continuité rassurante. Mais je trouve stimulant dans un groupe de sept d’avoir un libre-penseur comme Toto Morand qui pimentera les débats. Quand à son manque d’expérience politique, Toto est un entrepreneur à succès et nous sommes dans un pays de milice n’est-ce pas?»

Alternative à la croissance

Outre le soutien du monde culturel vaudois, Toto Morand peut compter sur ceux qui se sentent laissés-pour-compte de l’actuel gouvernement, certains patrons de PME et certains agriculteurs. «Je n’ai inscrit que deux noms sur mon bulletin de vote: le sien et celui de l’UDC Jacques Nicolet», nous apprend le mécanicien Yvan Pichonnat. «Les autres n’ont pas besoin de moi pour être élu». Pour ce petit patron, la croissance autour de la capitale vaudoise va trop vite. «Bientôt, ce canton ne sera qu’une grande ville. Selon moi, on brade notre qualité de vie! Nos écoles sont pleines, nos autoroutes bouchonnent, nos trains sont bondés, et le gouvernement s’en félicite! Toto Morand, lui, offre une alternative à la croissance».

Quant à Patrick Gavin, agriculteur, il avoue en avoir discuté au bistrot avec les copains. «J’aime bien le travail de Jacqueline de Quattro et de Philippe Leuba. Je leur ajouterai volontiers le nom de Toto Morand sur ma liste, même si je ne me fais guère d’illusion: il n’a que peu de chances de passer». Le sondage RTS, réalisé par l’institut Sotomo, publié mercredi dernier donne 9% de voix au candidat de «Parti de rien», à égalité avec la candidate du PDC Sylvie Villa. Le Vert libéral François Pointet est donné vainqueur des petits partis en lice au Conseil d’Etat avec 11% des voix. Loin devant, les partis gouvernementaux n’entendent pas être bousculés dans l’application de leur compromis dynamique.

Manque de cohérence

L’UDC Vaud, par exemple, ne craint pas de se faire voler des voix par ce parti d’un seul homme. Son secrétaire général Kevin Grangier apprécie même l’audace de Toto Morand et son côté extraverti. «Il amène une certaine fraîcheur à la campagne, admet-il. Malheureusement ses raisonnements manquent parfois de cohérence. Un prix du lait équitable reviendrait à instaurer une taxe à la frontière, et cela est beaucoup moins plaisant à défendre!»