Le Conseil fédéral décidera-t-il d'introduire une taxe sur les émissions de CO2 ou non? Le gouvernement rouvre le dossier lors d'une séance spéciale prévue mercredi. A quelques jours de cette décision, les prises de position se multiplient. En résumé, les milieux écologistes et la gauche réclament l'introduction d'une taxe élevée à la fois sur les carburants (15 centimes par litre dès 2006, puis 30 centimes dès 2008) et sur les combustibles (9 centimes par litre d'huile de chauffage dès 2006). Les organisations faîtières de l'économie et les associations routières n'en veulent rien savoir et privilégient l'instauration d'un centime climatique, en tout cas sur les carburants. Le Conseil fédéral devra faire son choix entre ces deux solutions ou en combinant celles-ci.

La loi sur le CO2 votée par le parlement constitue le fondement de la décision à venir. En application du Protocole de Kyoto, la loi postule qu'une taxe peut être introduite si l'objectif visé par cette convention internationale à laquelle la Suisse a souscrit ne peut être atteint par des mesures prises volontairement. Cet objectif dit que le niveau d'émissions de dioxyde de carbone doit être ramené à son niveau de 1990 d'ici à 2010. Certaines branches ont pris des dispositions qui leur permettent de respecter cet engagement sans qu'on les oblige à passer par une incitation financière. Mais pas toutes.

Pour les milieux écologistes, la taxe est désormais inévitable. De l'avis des Verts, qui ont tenu conférence de presse lundi à Berne, «le Conseil fédéral doit opter pour la taxe sur le CO2, mais ce ne sera qu'un premier pas». Le même jour, un appel allant dans le sens d'une redevance contraignante a été lancé au gouvernement par 249 personnalités, parmi lesquels les anciens conseillers fédéraux socialistes Ruth Dreifuss et Otto Stich, le Prix Nobel de chimie Richard Ernst, la climatologue Martine Rebetez, Bertrand Piccard, le clown Dimitri et même le Surveillant des prix, Rudolf Strahm. «C'est un comble. Il passe son temps à dénoncer la cherté de l'îlot suisse et soutient un projet qui entrave la relance de la croissance», réagit Patrick Eperon, responsable du secteur politique au TCS. Il invoque l'avis formulé par la Commission fédérale de la consommation, qui considère que la taxe pénaliserait les consommateurs.

Tout comme Economiesuisse et le Forum suisse de l'énergie, le TCS continue de militer en faveur du centime climatique. «Introduire une taxe sur les carburants plus élevée alors que le prix du baril, et donc du litre de carburant à la colonne, a atteint des sommets relève de la science-fiction. Je suis pour ma part convaincu que le Conseil fédéral saura voir cela. La taxe sur les carburants me paraît morte et enterrée», martèle Patrick Eperon. Enterrée? Pas si sûr. Le Département fédéral de l'environnement (DETEC) de Moritz Leuenberger aurait l'intention de présenter une nouvelle variante qui inclurait une taxe CO2 sur les combustibles et sur les carburants, mais épargnerait le diesel.

Révélée par la Neue Zürcher Zeitung, cette variante prendrait en compte le différentiel de prix entre le diesel, cher en Suisse, et l'essence, plutôt bon marché en comparaison internationale. Ce modèle ne convainc pas les écologistes et encore moins Georges Darbellay, physicien et coordinateur romand de l'Initiative des Alpes. «Epargner le diesel équivaudrait à exonérer le trafic lourd. Or, la taxe sur le CO2 est nécessaire si l'on veut transférer le trafic des marchandises sur le rail. La redevance poids lourds n'est pas assez élevée pour permettre seule d'atteindre cet objectif», réagit-il. L'écologiste valaisan rappelle par ailleurs que des études scientifiques ont démontré la nocivité du diesel pour la santé et qu'un véhicule diesel réchauffe plus l'atmosphère qu'un véhicule à essence équivalent malgré le fait qu'il rejette moins de CO2. Il souligne enfin que la commission de l'environnement du Conseil national demande au Conseil fédéral, par voie de motion, de rendre obligatoires les filtres à particules sur les moteurs diesels. «Exonérer le diesel est une perte en matière de santé et n'apporte aucun gain du point de vue climatique. Ce serait une entourloupe», conclut-il.