Au nom de l'efficacité, les électeurs fribourgeois ont accepté, en novembre 1999, à une majorité de 59,9%, de réduire de neuf à cinq le nombre des membres de l'exécutif de la ville (Conseil communal). En choisissant la formule de cinq élus permanents, au lieu de trois postes à plein temps et six à tiers temps, l'électorat pensait résoudre du même coup les problèmes de dysfonctionnement d'une équipe dont la mésentente, parfois arbitrée par le préfet, a contribué à l'enlisement de certains dossiers.

Pourtant, à la veille des élections du 4 mars, rien ne garantit, à cause de la traditionnelle prime électorale aux candidats sortants, que la réduction du nombre de sièges produise l'effet voulu. Le noyau dur du Conseil communal brigue en effet un nouveau mandat. Du syndic démocrate-chrétien Dominique de Buman à la socialiste Thérèse Maradan, en passant par le radical Claude Masset, tous les ingrédients de la mésentente sont à nouveau réunis. Lassé de ces querelles personnelles paralysantes, un ancien membre du Conseil communal suggère d'ailleurs à la nouvelle équipe de «se mettre quelques jours au vert pour trouver des buts communs».

A l'heure du bilan d'une législature de cinq ans, force est de constater que plusieurs dossiers non résolus en 1996 le sont encore aujourd'hui. Le premier problème de la ville est financier. Les

autorités ont été incapables de réduire un déficit annuel de fonctionnement qui a varié entre 6,8 et 7,1 millions de francs entre 1997 et 1999. La dette brute dépasse 200 millions de francs. Aucun objectif commun, autour d'un compromis entre la réduction de certaines dépenses et le dégagement de nouvelles recettes fiscales, n'a été fixé.

Le développement harmonieux de la capitale de 35 000 habitants, privée de zone industrielle, à l'étroit dans ses murs dès qu'il faut planifier des infrastructures sportives, culturelles ou de transport, passe par la constitution d'une agglomération basée sur des relations de confiance entre les autorités locales. Or la volonté politique de régler ces problèmes a davantage dépendu des initiatives du préfet que des autorités locales.

Le dossier capital des transports en commun dans l'agglomération, incluant un pont de la Poya dont le tracé doit faire l'unanimité, est toujours en suspens. «Avec tous les frais d'étude déjà dépensés, on aurait eu assez d'argent pour construire un ouvrage», soupire un conseiller général.

La remarque vaut également pour la construction d'un grand théâtre, aujourd'hui entièrement tributaire des recettes tirées de l'implantation hypothétique d'un casino dans la capitale fribourgeoise.

Fribourg, ville bilingue, n'a pas non plus tiré avantage de sa situation de centre naturel régional. Une partie de la vie culturelle alémanique citadine s'est ainsi déplacée en direction de la Basse-Singine, et les aspects positifs du quartier multiculturel du Schoenberg n'ont pas été valorisés.

Les rares succès de la ville sont à chercher du côté du maintien de la brasserie Cardinal, de la dynamisation de certains quartiers, en face de la gare ou le long du boulevard de Pérolles, ou encore de l'extension de la zone piétonne au centre-ville.

Ce bilan peu reluisant incitera-t-il les électeurs à bousculer les élus sortants? Même les fins connaisseurs de l'alchimie politique locale hésitent à faire un pronostic allant dans ce sens. S'ils sont disposés au changement, les électeurs n'ont que l'embarras du choix: 25 candidates et candidats pour cinq sièges se présentent sur cinq listes politiques.