Mobilité

Le vélo électrique gonfle la statistique des accidents

L’essor de l'e-bike fait grimper le nombre des accidents de vélo. Ces deux-roues attirent un public peu à l’aise en selle

Les routes suisses sont parmi les plus sûres du monde, nous dit la statistique des accidents routiers. Si cela est vrai pour le trafic automobile, dont le nombre de morts et de blessés est en constante diminution, le constat est tout autre pour le trafic cycliste. Le nombre d’amateurs de la petite reine (avec et sans moteur) blessés et tués sur le bitume a grimpé de près de 30% depuis 2000, selon les données de l’Office fédéral des routes (Ofrou).

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Comment expliquer ce phénomène? Une plus forte densité d’usagers sur les routes, une explosion des ventes de vélos électriques et toujours plus de seniors qui se mettent en selle électrique, détaille l’Ofrou. L’essor de l’e-bike, qui peut rouler jusqu’à 45 km/h, a donc bousculé le visage de la mobilité, et les chiffres sont parlants. Entre 2013 et 2017, le nombre d’accidents impliquant au moins un e-bike a quasiment triplé (375 à 934). Du côté de la petite reine classique, la hausse est nettement plus modeste: 3411 en 2013 à 3943 en 2017. Le nombre de blessés graves à deux-roues électriques est, lui, passé de 114 en 2013 à 224 l’an dernier.

Certains amateurs de la petite reine n’ont pas conscience d’avoir des devoirs comme les autres acteurs de la route

La majorité des accidents à vélo électrique est causée par les usagers eux-mêmes. Le bicycle attire un public qui n’a pas fait de vélo depuis un certain temps ou peu sportif, comme les seniors. Ceux-ci tendent à sous-estimer la vitesse de l’engin et surestimer leurs capacités. L’e-bike serait-il alors le nouveau mouton noir de la mobilité? Pro Velo Suisse tempère. Après le boom, les chiffres devraient peu à peu se stabiliser, estime Juerg Haener, porte-parole du lobby cycliste. La population doit apprendre à apprivoiser et à maîtriser ce nouvel acteur de la route.

Public mal informé

Avec la démocratisation du vélo électrique, les cyclistes forment un public plus large et hétérogène, mais moins bien informé. Pro Velo Suisse constate un manque de connaissances des règles de circulation et techniques. Résultat: un comportement pas toujours adéquat. Certains amateurs de la petite reine n’ont pas conscience d’avoir, en plus de leurs droits, des devoirs comme les autres acteurs de la route. C’est donc un changement de mentalité qui doit s’opérer, notamment en Suisse latine.

Les spécialistes de la mobilité s’accordent sur la nécessité d’améliorer l’information et la sensibilisation des usagers. Le TCS a récemment lancé une campagne pour améliorer la visibilité des deux-roues. Il est conseillé aux cyclistes d’allumer leurs phares en tout temps et de rouler au milieu des giratoires, afin d’éviter les dépassements dangereux par des voitures.

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Et le casque? Si son port est en hausse, il reste toutefois insuffisant. Alors que cette protection est obligatoire pour les e-bikes rapides (jusqu’à 45 km/h), seuls 87% des usagers s’en servent. Pour la catégorie jusqu’à 25 km/h, cette part n’atteint que 67%. Là aussi, une campagne vise à améliorer ce score.

Pas assez de voies cyclables

Pour diminuer le nombre d’accidents, surtout si le vélo électrique entre durablement dans les mœurs, la mesure la plus efficace est l’aménagement d’infrastructures adaptées, soit des voies cyclables, souligne Juerg Haener, le porte-parole de Pro Velo Suisse. Construits pour les voitures, ronds-points, carrefours et jonctions sont des endroits particulièrement dangereux pour les bicycles. Le Bureau de prévention des accidents (bpa) est d’ailleurs en train de repérer ces points stratégiques et d’évaluer les possibilités de «correction». Les efforts se concentrent en priorité hors des localités, où les accidents sont plus rares, mais plus graves en raison de la vitesse plus élevée.

Idéalement, il faudrait une piste pour chaque acteur: la voiture, le vélo (avec et sans moteur) et le piéton, ajoute Juerg Haener. Ce qui n’est pas toujours évident à aménager, notamment en milieu urbain. La ville de Lausanne ne cache pas que l’irruption de l’e-bike dans la mobilité urbaine constitue un «nouveau défi».

Voiture contre e-bike

Reste que le succès grandissant du vélo électrique est une bonne nouvelle pour les partisans de la mobilité douce. «Les gens ont tendance à abandonner la voiture pour faire de petits trajets», évoque le porte-parole de Pro Velo Suisse. La population n’hésite pas à se mettre en selle électrique pour aller au travail. Nombreux sont les jeunes parents qui choisissent l’e-bike pour tirer une remorque et leurs bambins. Même les sportifs professionnels commencent à s’emparer de la technologie. Si la majeure partie du public est composée de seniors, l’e-bike fait des adeptes dès 35-40 ans. Avec le temps, son attrait devrait encore gagner en importance, pronostique Juerg Haener.

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