Après une période de canicule exceptionnelle, les vendanges en Suisse romande se feront quinze jours plus tôt qu’en moyenne. Les viticulteurs ont bon espoir: la qualité sera excellente. En revanche, les prévisions de récolte, en volume, se situent au-dessous de la norme.

Les températures des mois de juin et de juillet ont accéléré le développement de la vigne, et ce, dans toute la Suisse romande, voire alémanique, souligne une étude du groupe de recherche de viticulture Agroscope. A Echichens, Michel Cruchon, qui possède 13 hectares de vignes, annonce que la récolte devrait débuter le 21 septembre, pour la plupart des cépages. En attendant, Martial Neyroud, à Blonay, protège efficacement ses cultures en installant des filets de protection contre les oiseaux et les guêpes. «On aimerait vraiment finir cette semaine pour pouvoir vendanger d’ici à un mois. En ce moment, on prépare les mises en bouteilles pour le prochain millésime», explique-t-il.

Au-delà de la croissance précoce du raisin, la sécheresse et les fortes chaleurs exercent également une certaine pression sur la quantité et la densité des grappes. «Un manque d’eau au moment de la floraison réduit le nombre de baies par grappe et, par conséquent, leur poids», affirme Michel Cruchon, qui récolte, en moyenne, 200 000 à 300 000 kilos de raisin par année. Ainsi, cette année, la récolte s’annonce à un niveau de près de 15 à 20% inférieur à la quantité moyenne des dix dernières années précédentes, explique Gilles Cornut, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV).

Qualité favorisée

Selon Agroscope, les excès comme le manque d’eau sont en principe néfastes à l’obtention d’une vendange de qualité. Toutefois, une contrainte hydrique progressive et modérée favorise la production de raisins plus riches en sucres, en anthocyanes, en composés phénoliques et plus pauvres en acides. «C’est pourquoi une période de canicule garantit souvent une cuvée de grande qualité», confie Vivian Zufferey, expert du groupe de recherche d’Agroscope.

Confiant, Martial Neyroud s’attend à accueillir un très bon millésime. «Puisque les vendanges sont précoces cette année, nous pouvons nous permettre de laisser le raisin mûrir davantage et vendanger plus tard», dit-il.

Philippe Bovey, propriétaire de 9 hectares à Givrins, préfère ne pas trop s’avancer sur les pronostics. «La vigne est encore en convalescence à cause de la grêle d’il y a deux ans. Pour le moment, la vigne est au repos, c’est elle qui travaille. Tout se jouera entre les mois d’août et de septembre. L’idéal serait d’avoir des nuits fraîches et des journées ensoleillées», explique l’encaveur. Globalement, le bilan demeure toutefois positif. «C’est une année facile, on a eu tout ce que l’on pouvait espérer tout au long de la saison.»

Actuellement, la viticulture en Suisse s’étend sur une superficie totale de 15 000 hectares. La quasi-totalité de la production est consommée localement, seuls 2 à 3% sont exportés, mais «on est en train de prendre des parts de ce marché», déclare Gilles Cornut. Maintenant, le marché intérieur est très difficile car les producteurs sont toujours en concurrence, notamment étrangère, favorisée par le franc fort..