La colère gronde dans les couloirs de l’Université de Saint-Gall (HSG), spécialisée dans l’économie et le droit. Des soucis d’argent public motivent des manifestations de centaines d’étudiants dans les rues de la ville. «HSG, tu corresponds bientôt à ton cliché», menace une pancarte. Le cliché? Celui d’une université élitiste.

Début mai, le gouvernement saint-gallois a fait part de son intention de hausser les taxes d’inscription pour faire face à un déficit structurel notamment dû à des revenus fiscaux à la baisse. Le programme d’économie atteint dans son ensemble 200 millions de francs, et tous les secteurs sont concernés, explique Esther Friedli, secrétaire générale du Département de l’instruction publique. «Ces mesures touchent les étudiants dont le temps d’étude se prolonge, et ceux venus de l’étranger.»

A partir de 2014, la hausse pourrait être de 800 francs par an pour les étudiants en master, de 4800 francs pour ceux qui prolongent leur séjour sur les bancs et de 3000 francs pour les étrangers. Actuellement, un étudiant suisse débourse 2000 francs par an pour s’inscrire; un étranger, 3800 francs. La direction de l’Université se dit «compréhensive» face aux besoins d’économie du canton. Elle prévient pourtant: cette éventuelle nouvelle hausse de taxes – une autre vient d’entrer en vigueur – mène à un niveau de cherté qui ne «devrait pas être dépassé», au risque de l’apparition d’une sélection non plus en fonction du talent, mais du porte-monnaie. «Cela nuirait à la culture de notre université.» L’avis du parlement est attendu en juin.

Un gros employeur

La HSG, où sont inscrits 7126 étudiants, rapporte chaque année 193 millions de francs à l’agglomération, selon une étude réalisée par ses soins. Avec 2223 employés, l’Université appartient au club des dix principaux employeurs du canton. Le succès de son modèle d’affaires repose notamment sur son rayonnement international, souligne le recteur, Thomas Bieger. L’Etat verse chaque année 38 millions à la HSG, ce qui représente 20% du budget de l’institution, en grande partie autofinancée.

Dès lors, le canton ne nourrit-il pas des craintes pour la réputation de son université? Comment réagit-il à la menace de fuite des cerveaux? «Les hausses avancées pour les étudiants de pays tiers ne dépassent pas quelques centaines de francs. Elles sont supportables», juge Esther Friedli. Le ton diffère du côté du président des étudiants, Philipp Wellstein. Dans une lettre ouverte, il prévient: la formation est une denrée encore plus mobile que l’industrie textile, dont, aujourd’hui, seul un musée raconte l’histoire à Saint-Gall. Certains commentateurs se souviennent aussi que la HSG a souvent défendu un courant néolibéral friand de baisses d’impôt.