La gauche et les associations de défense des locataires reprennent la main, après deux scrutins perdus. Mais de justesse, et grâce à la Ville de Genève. Avec 51,82% (59,3% en Ville et 40,5% dans les communes), le peuple a refusé d'assouplir la vente de logements aux locataires. «Les Genevois ont compris qu'il était essentiel de préserver un parc locatif en période de pénurie et de ne pas dérèglementer», se félicite Christian Dandrès, avocat à l'Asloca et député socialiste. A Genève, bien malin celui qui saura faire sauter le verrou de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR). 

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La droite et les milieux immobiliers pensaient cette fois y parvenir, portés par le succès de deux précédents scrutins, la transformation de bureaux vacants en logements en 2015 et l'aide au logements en février. Ils proposaient dimanche de permettre à un propriétaire de vendre un appartement à son locataire, moyennant plusieurs conditions, dont une limite au prix de vente à 6900 francs le mètre carré. Porté par le député MCG Ronald Zacharias, le projet n'a pas convaincu: «La gauche et l'Asloca représentent une machine de guerre redoutable, militante, efficace. C'était difficile de les convaincre que nous allions aussi dans leur sens.»

Une campagne idéologique

Nul doute que la campagne s'est aussi jouée sur le terrain idéologique. Mue par la haine des milieux immobiliers, la gauche a fait valoir que cette entorse à la LDTR permettrait aux propriétaires de réaliser de juteuses affaires, et non de servir l'intérêt des locataires, dont certains, encouragés par des taux d'intérêt très bas, aspirent pourtant à la propriété. Dans un canton où le taux de propriétaires n'est que de 18%, l'argument a porté, «malgré des moyens financiers considérables mis en oeuvre par les milieux immobiliers», affirme Christian Dandrès. Comme a dû jouer un rôle le spectre des congés-vente, qui hantent encore une génération de locataires.

Mais il s'en est fallu de peu que le bastion de la LDTR ne cède. «Ce scrutin est la démonstration que la guerre de tranchées mène à des résultats serrés qui ne conduisent pas à mener des politiques fertiles», conclut le président du Conseil d'Etat François Longchamp.