«Je n'avais jusqu'ici jamais eu de problème de santé. Inconsciemment, parce que le contraire eût été arrogant ou cynique, j'imaginais que la maladie était ce qui pouvait n'arriver qu'aux autres. La veille de Noël m'a appris l'inattendue fragilité des choses. Rien n'est jamais acquis.

Il en va de même pour notre pays. Certes, nous avons en comparaison internationale une situation enviable, notamment sur le plan économique et sur le plan social. Cette situation est pour bonne part due aux mérites propres de la Suisse et il n'y a pas à en rougir. D'aucuns seront tentés d'en déduire qu'en continuant ainsi, sans rien changer alors que les réformes appellent, nous préserverons aisément nos standards. Ils n'ont sans doute pas encore vu que plusieurs pays – y compris ceux pour lesquels certains commentateurs avaient encore jusqu'ici une sorte de condescendance – nous rattrapent pas à pas. Et surtout, ils ne voient pas ou ne veulent pas voir que nous vivons dans un monde qui a profondément changé: le monde de l'interdépendance. Dès lors, refuser de participer d'une manière ou d'une autre aux réseaux et aux ensembles qui ont pour vocation de coopérer et de construire sur le plan économique, social, culturel et politique revient à terme à fragiliser notre pays.

Nous avons en cette année 2005 deux scrutins populaires qui portent sur le thème de l'interdépendance. Je souhaite ardemment que le peuple suisse, en soutenant ce qui est proposé par le Conseil fédéral et le parlement, se souvienne que, comme en matière de santé, rien n'est jamais définitivement acquis; que des situations jusqu'ici solides peuvent rapidement devenir incertaines; plus concrètement, que notre pays, qui tire une part essentielle de son niveau de vie dans son aptitude à coopérer avec les autres Etats et en particulier ceux de l'UE, ne choisisse pas la voie qui isole. Il ne faut pas se laisser séduire par l'attitude paradoxale d'une fierté mal placée qui, à l'opposé du patriotisme, n'exprime que la crainte d'affronter l'avenir.»