Valais

A Verbier, l’omerta autour des constructions illégales vole en éclats

Ce mercredi, le Conseil général de Bagnes prendra connaissance d’un rapport d’experts tenu secret depuis plus d’un mois. Il décrit comment la commune a autorisé quinze constructions illégales. L’exécutif est sous pression. Un employé municipal a été licencié et trois élus ont annoncé leur retrait

La tension monte à mesure que l’assemblée extraordinaire du Conseil général approche. Ce mercredi, l’exécutif communiquera au législatif le rapport qui analyse les dossiers de quinze constructions illégales, surtout des chalets de luxe situés à Verbier. Pour l’instant, le parti démocrate chrétien de Bagnes, majoritaire, a toujours l’intention de mener la séance à huis clos. Mais sous la pression, le mur du silence se lézarde.

Le rapport qui embarrasse Verbier a été remis à l’exécutif il y a plus d’un mois, le 9 février. Mandatés par la commune, l’architecte Léonard Bender et le juriste Pierre-André Veuthey ont dénombré cinquante infractions sur les quinze dossiers analysés. Parfois, les autorisations de construire ont été régularisées après la fin des travaux. Plusieurs élus partagent des liens d’intérêt privés dans l’immobilier et la construction. En détaillant la pratique communale en matière d’autorisations de construire, le rapport met en cause plusieurs conseillers communaux de Bagnes, à des degrés divers.

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La difficile victoire de la transparence

En évoquant le rapport sans le publier, l’exécutif a suscité un vif intérêt médiatique. Après avoir révélé que la commune entendait réunir le Conseil général à huis clos, la RTS a prétendu qu’il existerait aujourd’hui trois versions différentes du rapport, dont deux censurées. Le président Eloi Rossier dément. L’expert Léonard Bender confirme que l’exécutif de Bagnes lui a demandé des corrections. Il a refusé de retoucher son texte.

Vendredi dernier, la commission de protection des données dénonçait la commune de Bagnes au Conseil d’Etat. Après trois tentatives infructueuses, elle menaçait l’exécutif communal de sanctions pénales si le rapport n’était pas remis sans délai au préposé à la protection des données. Le gouvernement aurait dû en débattre ce mercredi, mais la requête a été retirée. Sous pression, l’exécutif de Bagnes a finalement choisi de transmettre le document original au préposé Sébastien Fanti ce mardi.

L’ancien député démocrate chrétien Gabriel Luisier fait désormais figure de lanceur d’alerte. S’il a refusé de répondre aux appels du Temps, il a choisi de s’exprimer dans Le Nouvelliste ce mercredi. Employé de la commune, le conservateur a dénoncé plusieurs dysfonctionnements à l’exécutif, parmi lesquels la résidence secondaire du vice-président PLR François Corthay. Il affirme aujourd’hui que le conseil communal et son président avaient connaissance de graves irrégularités depuis plus d’une année. Il vient d’être licencié au motif d’une restructuration du service. Pour beaucoup, il paie pour ses révélations.

La guerre des clans a dérapé

Dans la vallée, ceux qui s’expriment publiquement sont rares. Mais ils sont nombreux à raconter comment une vieille guerre entre les deux plus grands bureaux d’architectes de Verbier a été ravivée par le vote sur la Lex Weber, qui a rétréci le marché de la construction. Le premier des deux bureaux était dirigé par les cousins de Gabriel Luisier. Le second appartient à un architecte en affaire avec plusieurs conseillers communaux. Il est impliqué dans sept des quinze dossiers analysés par les experts. Pour beaucoup, le règlement de compte a dérapé, et la situation a échappé aux deux vieux ennemis.

Ce lundi, l’assemblée du parti démocrate chrétien de Bagnes a choisi de voter le huis clos. Mais la réunion a été agitée. Trois conseillers municipaux ont annoncé qu’ils ne seraient pas candidats à leur réélection lors des élections communales d’octobre prochain. Jean Baillod, Eric Fumeaux et Jean-Daniel Gay-des-Combes sont respectivement responsables des autorisations de construire, de l’aménagement du territoire et des travaux publics. Le président du parti refuse de lier ces retraits à l’affaire des constructions illicites. Face à cette coïncidence curieuse, le président Eloi Rossier avoue que «cette pénible histoire tient une part dans leur décision».

Ce mercredi soir, le Conseil général de Bagnes devrait commencer par se prononcer sur l’opportunité de tenir son assemblée extraordinaire à huis clos. Convié à la dernière minute, le préposé à la protection des données plaidera pour la transparence. Un nouvel expert sera présenté au législatif pour poursuivre les investigations. Le président Eloi Rossier promet d’annoncer la date de publication du rapport ce mercredi, et d’organiser un point presse à l’issue de l’assemblée si le huis clos devait être voté.

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