L’ancien président de la commune de Bagnes Eloi Rossier secoue la tête. Le geste furtif démontre son incompréhension. A ses côtés, Frédéric Perraudin, l’ancien secrétaire communal désormais cadre dans l’administration de la commune, demeure stoïque. Durant près d’une demi-heure, les deux hommes écoutent attentivement les motivations de Pierre Gapany. Le juge du Tribunal du district d’Entremont vient de les condamner pour faux dans les titres, dans le cadre du licenciement de Gabriel Luisier, communément désigné comme le lanceur d’alerte de l’affaire des constructions illicites de Verbier.

De dramaturgie, il n’y en a pas eu, ce vendredi, devant la cour, délocalisée pour l’occasion à Sion. D’entrée de jeu, le juge Gapany annonce la couleur: ce sera 40 jours-amendes pour Eloi Rossier et 30 jours-amendes pour Frédéric Perraudin, le tout assorti d’un sursis de deux ans. Les deux hommes sont coupables d’avoir indiqué un motif de licenciement erroné dans une lettre adressée, en mai 2016, à Gabriel Luisier pour motiver les raisons de son renvoi.

Pour le juge, la réorganisation administrative évoquée n’est pas la raison du licenciement. C’est bien le comportement de l’employé communal qui lui a valu son renvoi. En novembre 2015, à la suite des dénonciations de Gabriel Luisier concernant les irrégularités de plusieurs constructions surdimensionnées dans la station de Verbier, le Conseil communal (exécutif) décide de prendre congé de son agent de commerce. Le lien entre les dénonciations et le licenciement est évident selon le juge, qui s’appuie sur les procès-verbaux du Conseil communal.

Lire aussi: Constructions illicites de Verbier: le lanceur d’alerte licencié abusivement?

«Symboliquement, cette décision est forte»

A la sortie du tribunal, Gabriel Luisier pousse un ouf de soulagement. «Symboliquement, cette décision est forte. Les faits sont enfin rétablis, j’ai été trompé», appuie-t-il. Trois jours plus tôt, se défendant seul lors de l’audience, il avait insisté sur le fait que le motif évoqué pour son licenciement l’avait décidé à ne pas faire recours contre la décision. Il avait ajouté que si la vraie raison avait été mentionnée, il n’en aurait pas été de même.

L’acquittement partiel des deux prévenus n’enlève rien à sa satisfaction. Egalement accusés d’avoir indiqué une date erronée pour la prise de décision du licenciement, les deux hommes n’ont pas été condamnés à ce sujet. Sur le parvis du Palais de justice, Eloi Rossier souligne ce point: «Il s’agit d’un acquittement partiel.» L’ancien président de Bagnes peut-il se satisfaire de cette décision? Son avocat, Me Jean-Charles Bornet, avait plaidé l’acquittement total. «J’étais et je suis toujours convaincu de cette position. Nous allons prendre le temps de la réflexion pour savoir si nous ferons appel», indique-t-il.

Quelques minutes plus tard, Frédéric Perraudin sort du tribunal. Il se refuse à tout commentaire. Son avocat l’imite. Condamné, l’homme pourrait-il voir sa place au sein de l’administration de la nouvelle commune du Val de Bagnes, née de la fusion avec Vollèges en début d’année, remise en question? «Il est trop tôt pour répondre à cette question, un appel étant toujours possible», se contente de répondre le président de commune Christophe Maret. Présent pour la lecture du jugement, il dit «prendre acte de la décision».

Lire également: Cinq personnes prévenues dans l’affaire des constructions illicites à Bagnes

De nouveaux procès en perspective

Que les deux hommes fassent appel ou non, ils savent qu’ils se retrouveront de toute façon de nouveau côte à côte sur le banc des accusés dans les mois ou les années à venir, notamment pour le fond de l’affaire des constructions illicites de Verbier. Poursuivis pour gestion déloyale des intérêts publics, ils seront accompagnés, dans le cadre de cette procédure, de trois autres anciens élus bagnards.

Le verdict rendu ce vendredi n’augure toutefois en rien ceux qui seront rendus à l’avenir. Le juge Pierre Gapany a d’ailleurs insisté sur ce point avant de motiver sa décision: «Je ne juge pas l’affaire des constructions illicites. Il est exclu de déduire quoi que ce soit de ce jugement pour le futur.» Une chose est sûre tout de même, cette affaire n’a pas fini de faire parler d’elle.