«Chaque jour qui passe met plus de gens en danger.» Les mots de la doctoresse Corinne Cohen, médecin généraliste à la Maison de la santé de Sembrancher, sont forts. Elle fait partie des professionnels de la santé de l’Entremont qui ont tiré ce lundi la sonnette d’alarme, dans Le Nouvelliste, au sujet de la situation de Verbier, qu’ils jugent critique. Pour eux, la station bagnarde est un foyer important de Covid-19. Il faut que les autorités décident de la mettre en quarantaine. Et vite.

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Ce cri du cœur a été entendu. Mais il n’a pas eu l’effet escompté. Le canton du Valais a annoncé ce lundi, en début de soirée, que, «d'entente avec la Confédération, il a été décidé de renoncer au confinement». «Plusieurs foyers épidémiques existent dans le pays. Les isoler n'est pas une solution pour limiter la propagation de la maladie, selon l'Office fédéral de la santé publique», écrit le Conseil d'Etat, qui demande, en revanche, aux autorités «de faire respecter à la lettre les règles édictées par la Confédération».

Une situation spécifique

Plus tôt dans la journée, Daniel Koch, responsable de la division des maladies transmissibles de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), avait précisé ne pas être sûr à 100% qu’il y ait plus de cas dans la station bagnarde qu’ailleurs. Personne ne semble l’être d’ailleurs. «Nous ne savons pas le nombre de cas de personnes contaminées par le coronavirus à Verbier. Seules les autorités cantonales peuvent le savoir», insiste Eloi Rossier, le président de la commune de Bagnes, sur le territoire de laquelle se trouve Verbier.

Il n’en demeure pas moins que la situation de la station valaisanne est particulière. Contactés, les présidents de commune de Crans-Montana, Nendaz ou Zermatt nous expliquent ne pas être confrontés à la même problématique. Le val de Bagnes est la seule région de Suisse où les médecins demandent des mesures spécifiques. Et pour cause. «Nous avons remarqué que 80% des patients testés dans un cabinet de la station étaient positifs, contre 35% à la Maison de santé de Sembrancher et, visiblement, seulement 15% aux HUG», détaille Corinne Cohen. Comment l’expliquer? La doctoresse n’a pas la réponse. Mais elle rappelle que le virus se transmet via des contacts rapprochés et qui sont courants, notamment dans les bars ou boîtes de nuit de la station.

Depuis les mesures contraignantes annoncées par le Conseil fédéral lundi dernier, ces établissements sont fermés et la station est vide, raconte Eloi Rossier. «Aujourd’hui, Verbier est une station morte. Cette situation est sans commune mesure avec celle qui régnait le week-end précédent (14-15 mars)», souligne le président de la commune de Bagnes. Et c’est cette réalité qui pourrait expliquer la situation de Verbier, selon Jean-Pierre Deslarzes, consultant médical auprès de la commune de Bagnes.

«Le milieu de culture idéal pour le virus»

«Un ou deux établissements ont visiblement organisé des soirées, qui ont été bien arrosées, qui se sont terminées au petit matin et qui ont regroupé jusqu’à 150 ou 200 personnes. C’est le milieu de culture idéal pour le virus. C’est le meilleur moyen de contaminer des gens et c’est ce qui s’est passé», souligne l’ancien médecin.

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Et la réalité d’une station, c’est aussi que la majorité des personnes qui s’y trouvent n’y séjournent que pour de courtes durées, avant de repartir. «Beaucoup d’hôtes potentiellement contaminés ont quitté Verbier. Il faut espérer qu’ils n’aillent pas propager la maladie ailleurs en Suisse ou à l’étranger», soupire Jean-Pierre Deslarzes.

C’est pour éviter que cet exode continue ou que des propriétaires de résidence secondaire se rendent à Verbier que les médecins de la région ont tiré la sonnette d’alarme. Et continuent de le faire. «Restez chez vous», supplie Corinne Cohen, précisant que cet appel est valable pour toute la Suisse, car, prévient la doctoresse, «la situation que nous vivons ici peut se reproduire ailleurs».

 

 

 

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