Genève

Vernets : les premiers logements pourraient voir le jour en 2021

Après le plébiscite des Genevois au déménagement de l’armée pour faire place à 1500 logements, le feu est au vert. Mais des embûches sont à prévoir

Antonio Hodgers est un conseiller d’Etat ravi. Depuis le 28 février, il sait que les Genevois veulent transformer la caserne des Vernets en 1500 logements, premier gros morceau du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV). «J’aurais été satisfait avec 55% de oui, alors avec 68,5%…» Reste à concrétiser, et ce ne sera pas une mince affaire.

Un contrat de mariage entre l'Etat et le groupe Ensemble

Selon une projection optimiste, le calendrier des opérations ressemblera à ça: à la fin du mois, le Conseil d’Etat va signer la convention du droit de superficie avec l’investisseur, le groupe Ensemble, qui comprend des caisses de pension, des assurances et des sociétés coopératives d’habitation. Cette convention formalise l’investissement de 650 millions de francs du groupe. «Nous en étions aux fiançailles, c’est là le contrat de mariage», explique le ministre en charge de l’aménagement, du logement et de l’énergie. L’Etat en effet va louer le sol pour environ 70 ans. «Divorcer serait très dur et très coûteux», poursuit-il. Puis, en juin, le plan localisé de quartier (PLQ) sera soumis à l’enquête publique. L’espoir du magistrat est de voir le Conseil d’Etat l’adopter au printemps 2017. En gardant la même allure, les autorisations de construire pourraient être émises au printemps suivant. Si l’affaire avance toujours au pas de charge, les premiers logements pourraient voir le jour en 2021.

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Mais en matière de construction, les occasions d’atermoiements ne manquent pas. D’abord, il faudra que l’armée débarrasse les lieux. Or, sur les trois sites prévus (Meyrin-Mategnin, Epeisses et Aire-la-Ville), restent les deux derniers crédits d’investissements à soumettre au vote, 50 millions de francs, en plus des 22 millions dévolus à Meyrin. Probablement en 2018. «Mais si un référendum devait attaquer ces crédits, on perdra un an», estime le ministre. Une option assez probable, à en croire Tobias Schnebli, du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA): «Nous allons mener bataille jusqu’au bout au Grand Conseil contre ces deux crédits. Et s’il le faut, nous lancerons des référendums. Car nous avons l’impression que c’est la volonté du canton de garder une présence forte de l’armée à Genève.» Le conseiller municipal de Solidarités peut déjà compter sur Ensemble à gauche et il a bon espoir de convaincre les Verts et les socialistes. «Je ne suis pas sûr que ces crédits soient nécessaires pour faire partir l’armée, poursuit-il. D’autre part, peu de gens ont pris conscience de la densité extrême de ce futur quartier. Je pense que si une votation a lieu, elle ne sera pas un remake de la première.»

Deux tiers de logements d'utilité publique

S’il se trompe, la caserne des Vernets cédera la place à 1500 logements, dont 300 studios pour étudiants et des lieux de culture alternative. Deux tiers des appartements seront des logements d’utilité publique (LUP) – des logements sociaux jusqu’à des habitations pour la classe moyenne – et un tiers constituera des habitats à loyers libres contrôlés par l’Etat. Et les investisseurs se sont engagés à ce que les loyers ne dépassent pas les montants maximaux fixés par l’Office du logement. «Nous avons promis que les 22 millions liés au déménagement de l’armée n’affecteront pas les loyers», insiste Antonio Hodgers. Une promesse que Christian Dandrès, député socialiste et avocat à l’Association suisse des locataires (Asloca) à Genève, ne prend pas pour argent comptant: «Nous allons veiller à ce que l’Etat, qui se comporte parfois comme un propriétaire classique, ne se refasse pas une santé financière sur le dos des locataires. Car les droits de superficie sont élevés. «Combien rapporteront-ils, au juste? 5,6 millions de francs par an, soit 4 millions de plus par an que ce que l’armée verse aujourd’hui à l’Etat de Genève.

Reste que le canton, sur l’entier du projet PAV – 230 hectares à transformer en zone urbaine de 11 000 logements – a déjà perdu dix ans. Antonio Hodgers pense avoir trouvé le moyen de transformer une pénible entreprise en une aventure à marche forcée: «Pour éviter le «syndrome CEVA» du fait accompli, je vais aller chercher la ratification populaire, par le biais d’un référendum extraordinaire, au lieu d’adopter une posture défensive contre les oppositions.» Il proposera donc au peuple une nouvelle équation avec deux logements pour un emploi et davantage de mixité sociale: 56% de logements d’utilité publique au lieu de 66% et 12% de PPE. «Le projet tel qu’il est aujourd’hui ne prévoit pas de PPE du tout. Or, on sait qu’une concentration de logements sociaux au centre-ville peut créer des ghettos de pauvreté.» Cette loi devrait être soumise au peuple en 2017.

Dans la foulée, il s’agit aussi de créer un opérateur urbain autonome: la Fondation de droit public PAV, qui aura pour mission de racheter les droits de superficie aux entreprises, de les indemniser et de les remettre aux constructeurs. La Cour des comptes, dans un récent rapport, avait d’ailleurs mis le doigt sur le manque de vision synthétique des droits de superficie accordés aux entreprises (Le Temps, 6.02.2016). «Il faut que les entreprises sachent quand elles déménageront et à quel prix», explique Antonio Hodgers. Dotée d’un capital de départ de 60 millions de francs et des actifs du PAV (300 millions), elle devra s’endetter pour les premières opérations. Car on estime à un milliard de francs le coût du déménagement des entreprises. «Nous les indemniserons correctement mais ne verserons pas des parachutes dorés version XL», note le magistrat. Pour aider à la création de cette Fondation, il peut compter sur une aide qui fait chic: une opératrice du quartier Paris Rive Gauche vient prodiguer ses conseils au bout du lac. Mais il faudra davantage pour gagner ce pari. Hasard bienvenu: l’Office cantonal de la statistique a annoncé que Genève a construit 2000 logements en 2015, une performance inédite depuis les années nonante.

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