Il a réussi son pari. Thierry Cerutti, 38 ans, a offert au Mouvement citoyens genevois (MCG) son premier fauteuil dans un exécutif à Genève. Et pas n'importe lequel: celui de Vernier, deuxième commune du canton avec ses 32000 habitants, et septième ville de Suisse romande. Désigné gagnant lors de l'élection complémentaire de dimanche par 38,4% des Verniolans, l'élu «ni de droite ni de gauche» siégera donc aux côtés du socialiste Thierry Apothéloz et du Vert Yvan Rochat. Le vainqueur est d'autant plus satisfait qu'il avait déjà été élu en 2007, avant d'être écarté pour cause d'annulation des élections: le Tribunal fédéral avait constaté des irrégularités dans le scrutin (LT du 7.6.2008).

Fin d'un long polar électoral

«Je suis énormément plébiscité!», se réjouissait dimanche le nouvel élu. Thierry Cerutti, «seul contre tous» puisqu'aucune formation à part la sienne ne le soutenait, a devancé le conseiller municipal libéral Pierre Ronget (33,9%), qui était épaulé par les Verts, et le député socialiste au Grand Conseil Alain Charbonnier (27,7%). Reste que la participation des Verniolans a été très faible, avec un taux de 26,4%.

Peut-être parce que le contexte électoral était complexe. C'est la troisième fois que les citoyens se mobilisaient pour la même élection: le second tour, en juin 2007, avait abouti à l'élection de Thierry Cerutti, annulée par le Tribunal fédéral. Inculpé de fraude électorale, captation de suffrages et infractions à la loi sur l'exercice des droits politiques, il n'avait toutefois pas eu à affronter les juges: à vingt jours des élections judiciaires, le procureur général Daniel Zappelli avait décidé de classer l'affaire.

Victoire de la proximité

Le MCG, qui se décrit lui-même comme «populiste», savoure désormais sa revanche. Né en 2005 d'une dissidence de l'UDC, le parti tient aujourd'hui à souligner sa victoire. Son président, le député Eric Stauffer, affirme que «si en 2007, les adversaires de Thierry Cerutti ont cru que la démocratie pouvait passer par les rouages d'une justice asservie à leurs thèses, ils devront bien admettre aujourd'hui sa très belle victoire, obtenue sur le terrain politique, le seul qui vaille en matière électorale.»

De son côté, le nouveau conseiller administratif, dont l'élection doit encore être validée par le Conseil d'Etat, assure qu'il ne ressent aucun sentiment vengeur. «La justice m'a toujours mis hors de cause. Maintenant que la population a confirmé mon élection de 2007, je dois me retrousser les manches.» Thierry Cerutti, qui siégeait déjà au parlement de Vernier et au Grand Conseil, affirme que «la population veut du changement, du sang neuf.»

Sur le terrain, ce policier a naturellement mis l'accent sur le problème de la sécurité, en promettant notamment de créer des postes d'agents de sécurité municipale. Pour convaincre, Thierry Cerutti n'a pas hésité à prendre congé pendant un mois: dans la commune suburbaine de Vernier, éclatée en cités - Le Lignon, les Avanchets, les Libellules - sa campagne de proximité a payé. Pour l'avenir, l'élu a plusieurs priorités, en plus du renforcement de la sécurité: «revaloriser et légitimer» les mamans de jour, parce que, dit-il, vouloir construire plus de crèches est «illusoire.» Doter Vernier d'un «vrai service de communication», pour qu'elle apprenne à mieux se vendre. Et «dynamiser la politique participative.» Il sera par ailleurs rapidement confronté au dossier qui fait polémique: l'installation d'Ikea à la Renfile.

«La victoire du populisme»

Pour les autres partis, l'échec est patent. Alors qu'ils ne cessaient de clamer leur volonté de faire front «contre le populisme», ils ont fini par se diviser: les Verts ont décidé de soutenir le libéral Pierre Ronget, fait inédit dans l'histoire politique genevoise, et les socialistes ont lancé à la dernière minute Alain Charbonnier. Leur président, René Longet, constate que «quand la gauche n'est pas unie, quel qu'en soit le motif, elle est à la peine.» En vue des élections cantonales de l'automne 2009, «il faudra dès lors resserrer nos liens avec les Verts.» De son côté, le libéral Pierre Ronget accuse les socialistes d'avoir «donné son siège à Thierry Cerutti» en ne le soutenant pas.

D'une seule voix, les partis traditionnels s'inquiètent de «la victoire du populisme, qui triomphe partout en Europe, selon René Longet. Les quartiers populaires sont particulièrement attirés par les messages populistes. Pour les partis traditionnels, le défi consiste à communiquer de manière simple, mais sans surenchère populiste. Si les gens comprennent comment fonctionne la société, ils sont moins sensibles aux discours simplistes.»

De son côté, le conseiller administratif socialiste Thierry Apothéloz attend de voir comment se comportera Thierry Cerutti à l'exécutif. «Après avoir critiqué et invectivé, le MCG est mis au pied du mur. Il sera confronté à des interpellations qu'il a lui-même déposées. Il devra prouver qu'il respecte la collégialité et le secret de fonction.» Ce qui est sûr c'est qu'à un peu plus d'une année des élections cantonales, la gestion du MCG sera très observée.