«Ce n'est pas la première fois qu'un PDC n'est pas élu au premier tour.» Voilà ce que le candidat PDC haut-valaisan Jean-Michel Cina expliquait dimanche soir à l'issue des élections cantonales marquées par une forte participation (54%). Contrairement à ses deux colistiers romands Jean-Jacques Rey-Bellet et Jean-René Fournier, le conseiller national n'a pas obtenu la majorité absolue. Et il devra passer par un deuxième tour encore hypothétique pour prendre la succession de Wilhelm Schnyder au gouvernement valaisan.

Sans surprise c'est Jean-René Fournier, plébiscité d'un bout à l'autre du canton, qui a fait la course en tête. Jean-Jacques Rey-Bellet a longtemps flirté avec la barre de la majorité absolue avant de passer l'épaule. Très vite, il est apparu que les deux minoritaires, le socialiste Thomas Burgener et le radical Claude Roch allaient réaliser des performances meilleures qu'attendu. Les deux traînaient des boulets supposés: le socialiste la cantonalisation des hôpitaux avec la fermeture des maternités de Brigue et Martigny, qui avait provoqué des prurits locaux. Et le radical un style discret et effacé réputé peu porteur. Or Thomas Burgener se maintient et Claude Roch progresse. Le premier estime que «le courage politique a été récompensé» et affirme n'avoir jamais été tenté de changer de ligne malgré les nombreux conseils.

Le président des radicaux valaisans Léonard Bender abordait lui la mine des grands jours, expliquant à qui voulait l'entendre que «l'absence de candidat alternatif crédible a permis aux minoritaires de donner tort aux esprits de mauvais augure… Pour baisser, il faut quelqu'un capable de vous prendre les voix. Or il n'y avait pas de candidat alternatif crédible». Il y avait quand même l'écologiste Georges Darbellay, qui frôle les 10 000 voix. Ses ascendances démocrates-chrétiennes et sa proximité avec la gauche institutionnelle auraient pu pourtant laisser espérer plus à ses supporters. Les deux candidats folkloriques quant à eux, le Don Quichotte Michel Carron et l'ancien président de la caisse des enseignants, Ignace Rey, prévenu pour escroquerie, avec respectivement 6000 et 840 voix, pouvaient afficher des satisfactions bien à eux: Michel Carron en estimant que ce chiffre magique de 6000 «prouvait que le PDC n'avait pas la majorité en Valais» et Ignace Rey jugeant qu'il avait «atteint son but de candidat non pas politique mais médiatique».

La soirée valaisanne s'est rapidement mise à bruisser de rumeurs et de spéculations pour le deuxième tour. Jean-Michel Cina, qui reconnaissait en aparté avoir été lâché par la grande famille PDC, était déjà en tractation avec les faux frères haut-valaisans jaunes – les chrétiens-sociaux – et affirmait rapidement avoir déjà obtenu leur soutien. Michel Carron menaçait, lui, de trouver «une femme prête à combattre le népotisme et la corruption» et à qui il céderait volontiers le flambeau. Georges Darbellay annonçait ne pas vouloir «provoquer à lui seul un deuxième tour».

Reste l'inconnue de l'UDC, qui semblait hier en mesure d'atteindre son objectif au Grand Conseil, à savoir élire 5 députés pour constituer un groupe, essentiellement aux dépens des radicaux. Après le retrait de leur candidate potentielle Françoise Gianadda, cheffe du Service des étrangers, les blochériens valaisans avaient toujours dit conditionner leur appétit pour le gouvernement à la constitution de ce groupe parlementaire. Hier soir leur secrétaire général Jean-Luc Addor expliquait que l'UDC ne se lancerait au deuxième tour qu'à condition de trouver un candidat «qui ne soit pas alibi, mais dont on puisse raisonnablement penser qu'il ait des chances d'être élu.» Ce ne sera pas Oskar Freysinger domicilié dans le même district que Jean-René Fournier et donc constitutionnellement empêché.

Toujours au chapitre du Grand Conseil, on pourra noter ce paradoxe: l'alliance de gauche gagne un siège à Martigny, terre qui avait juré la perte du conseiller d'Etat socialiste Burgener, et permet l'élection de la plus jeune parlementaire valaisanne de tous les temps: Lucie Rausis, 18 ans depuis trois jours. Son père, l'humoriste Daniel Rausis, allait même plus loin, affirmant qu'il s'agissait «de la plus jeune parlementaire du monde».