Et si le «Grand Soir» des Verts jurassiens, c’était pour le 18 octobre 2020? L’ampleur du score du parti écologiste demeure l’une des grandes inconnues des prochaines élections cantonales, une incertitude qui électrise la campagne électorale. «On sent les autres partis très nerveux. Pour la première fois, ils nous perçoivent comme un danger», confirme la coprésidente des Verts Céline Robert-Charrue, également candidate au gouvernement. En effet, il y a une année, à la surprise générale, les Verts terminaient troisième parti du canton lors des élections fédérales, derrière le PDC et les socialistes. Une véritable sensation.

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Les pronostics demeurent difficiles, car la situation est inédite. Les écologistes n’avaient jusqu’ici joué qu’un rôle marginal dans l’histoire politique jurassienne. Ils ne comptent actuellement que quatre sièges sur un parlement de 60 députés. Créé en 1990, le parti a dû attendre seize ans pour faire enfin son entrée au législatif. Après deux échecs en 1994 et 1998, la formation avait même renoncé à présenter une liste lors des élections cantonales de 2002. Les deux premiers députés verts se feront élire en 2006. Près de quinze ans plus tard, ils ne sont toujours pas assez nombreux pour former un groupe parlementaire.

Manque de structures

«Nous avons mis du temps à émerger dans ce jeune canton, où le PDC a longtemps donné le ton», reconnaît Erica Hennequin, la seule personnalité écologiste à avoir dépassé les frontières cantonales. Participante du premier Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001, elle fut vice-présidente des Verts suisses de 1993 à 2002. Longtemps handicapé par un manque de structures, le parti a eu de la peine à s’imposer sur un territoire rural sans grand centre urbain. Dans l’opinion publique, il a souvent été réduit à son opposition à l’autoroute A16, la fameuse Transjurane, colonne vertébrale que le reste du canton appelait de ses vœux. Certains combats médiatisés, contre les illuminations de Noël ou l’accueil d’une étape du Tour de France, ont braqué.

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Mais tout a changé ces dernières années avec la prise de conscience autour du réchauffement climatique. Comme partout en Suisse, la jeunesse jurassienne est descendue dans la rue. Le 15 mars 2019, la succursale de l’UBS à Delémont est occupée par des manifestants. Aux élections fédérales, la vague verte s’impose en Suisse romande: Valais et Fribourg élisent le premier conseiller national de leur histoire; Neuchâtel place deux écologistes à Berne. Dans le Jura également, les Verts atteignent un score inédit, 12,20%, ce qui leur permet de devancer les partis de droite, PLR et UDC.

«Terminer troisième dans un canton qui n’a que deux conseillers nationaux est un peu frustrant», nuance Erica Hennequin. Mais elle a «confiance» que cette vague verte va se confirmer le 18 octobre prochain. Au début de l’année, les Verts se sont complètement restructurés. «Nous avons par exemple mis sur pied un bureau politique, ce qui n’existait pas auparavant», note Céline Robert-Charrue. L’objectif avoué est de doubler la députation, avec sept, voire huit sièges au parlement. Erica Hennequin se montre résolument ambitieuse, et n’exclut pas une possible entrée à l’exécutif, ce qui constituerait un petit séisme.

Autres partis sceptiques

Mais à l’extérieur du parti, très peu néanmoins croient à un tel scénario. «Au parlement, les Verts peuvent faire une percée, mais une entrée au gouvernement, je n’y crois pas du tout», relève l’ancien député PLR Serge Vifian, fin observateur de la politique jurassienne. «Traditionnellement, les élections dans le Jura laissent peu de place à l’ouverture et il manque une grande figure aux écologistes pour aller déloger l’un des cinq sortants.» Surtout, aux yeux de celui qui fut le benjamin de la Constituante jurassienne, les autres partis vont faire bloc, notamment le PS afin de défendre ses deux places, ou le PDC pour tenter de regagner son siège perdu à l’élection partielle de ce printemps.

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Pour Pascal Eschmann, le président du PDC jurassien, le contexte coronavirus va aussi freiner la montée des Verts. «Avec les inquiétudes liées aux conséquences sociales et économiques de la pandémie, les électeurs vont moins s’attacher aux causes qu’au profil des futurs ministres. Ils voudront des gens aptes à prendre des décisions fortes en temps de crise», prédit-il. De son côté, Jämes Frein, président du Parti socialiste, demeure prudent: «Nous pourrions perdre quelques plumes au parlement au profit des Verts, c’est vrai, mais il leur sera très difficile de doubler leur députation, vu le nombre de partis en lice.» Mais il reconnaît qu’«entre les dissensions du PDC et la première apparition des Vert’libéraux sur la scène cantonale, les pronostics sont compliqués».

Toutes ces objections n’ébranlent pas Erica Hennequin. «Si, en apparence, rien ne semble changer dans la politique jurassienne, beaucoup de choses sont en réalité en train de bouger», assure l’écologiste, conquérante. Verdict au soir du 18 octobre prochain.