Depuis l'entrée intempestive de Pierre Kohler au gouvernement jurassien en 1993, le PDC occupe trois des cinq fauteuils. Contre son gré au début, puis avec fierté et détermination depuis 1995. Le PDC ne pèse pourtant que 30 à 35% de l'électorat. Pour dicter sa loi, il profite du système électoral majoritaire et de l'incapacité des autres fractions politiques à s'entendre.

Malgré les critiques et les coalitions de circonstance au parlement pour lui mettre des bâtons dans les roues, le parti se dit prêt à continuer d'assumer son rôle majoritaire à l'exécutif. Surtout qu'il y a quelques semaines, il était prévu que les trois ministres en place brigueraient un nouveau mandat.

Avec le départ de Pierre Kohler, le PDC doit reprendre la réflexion. Et se demander s'il privilégira ses propres intérêts et ceux de ses membres, ou s'il prendra en compte la pluralité politique jurassienne, auquel cas il se contente de deux places au gouvernement.

Le PDC reconduira sans doute Jean-François Roth et Gérald Schaller, et voudra remplacer Pierre Kohler. Surtout qu'un jeune loup aux dents longues piaffe d'impatience, Philippe Receveur, qui avait failli détrôner Pierre Paupe du Conseil des Etats en 1999.

Le retrait de Pierre Kohler attisera les appétits. Des socialistes notamment, qui ambitionnent de décrocher deux fauteuils. Leur président Gilles Froidevaux pousse à ce que son parti présente «ses deux meilleurs candidats», le ministre, Claude Hêche, et le maire de Delémont et conseiller aux Etats, Pierre-Alain Gentil. Problème: le sénateur pourrait porter ombrage au ministre sortant. Avec le risque, si le PS devait en rester à un siège, que Claude Hêche perde sa place.

Au Parti radical, Anita Rion ne cache pas son envie de briguer elle aussi un troisième mandat. Le parti s'alignera-t-il derrière elle, ou lui mettra-t-il dans les jambes un ou plusieurs challengers, avec le secret espoir de la remplacer? Rien ne filtre. Les radicaux manquent de gâchettes affûtées et n'ont plus guère d'amis dans les autres partis susceptibles de les aider à assurer leur place à l'exécutif.

Ejecté du gouvernement en 1994, le Parti chrétien social indépendant devrait aussi être dans la course, avec Laurent Schaffter qui s'est fait une bonne publicité en obtenant un très bon score personnel lors des élections à la mairie de Porrentruy l'an passé.