Vers un accès facilité des Chinois à Schengen

Tourisme Les visiteurs chinois pourront renoncer à certains justificatifs de voyage

C’est un phénomène connu des hôteliers suisses: les touristes chinois ont une fâcheuse tendance à annuler leurs réservations. «C’est très fréquent, je rencontre deux à trois cas par semaine», explique Alain Aubry, réceptionniste à l’hôtel Bellerive, à Lausanne. Le constat n’est pas isolé. De nombreux professionnels de la branche s’agacent des réservations passées et annulées aussi vite, comme s’en faisait l’écho la NZZ am Sonntag dimanche , citant des hôteliers alémaniques.

Les établissements romands ne sont pas en reste. A l’hôtel Royalp, à Villars, «une demande sur deux émanant de clients chinois est annulée à la dernière minute», explique Olga Uliyanova, responsable des réservations, qui souligne une autre particularité: de nombreuses cartes de crédit chinoises ne permettent pas d’effectuer un paiement à l’avance. «Ils réservent, puis annulent après avoir reçu confirmation, un grand classique des clients chinois», souligne encore un réceptionniste d’un petit hôtel lausannois.

En cause: l’obligation pour les touristes chinois qui souhaitent voyager en Suisse – ou ailleurs dans l’espace Schengen – de présenter une confirmation de réservation d’hôtel, en plus d’autres justificatifs. Au travers des sites de réservation tels que Booking.com, l’un des rares à proposer ses services en chinois, obtenir ce sésame est un jeu d’enfant. L’administration suisse ayant la réputation de traiter les demandes de visa rapidement, de nombreux Chinois envoient leurs demandes à Berne même s’ils prévoient de voyager ailleurs en Europe, puisqu’un visa touristique issu dans l’un des pays membres ouvre les portes de l’ensemble de l’espace Schengen.

Ces tracas administratifs pourraient bientôt s’atténuer: l’UE et la Suisse sont en passe de faciliter l’entrée de visiteurs chinois. A la suite de discussions entre représentants des pays membres de l’espace Schengen, en Chine et à Bruxelles, la Commission européenne a proposé en juin de mener un projet pilote de six mois. Les Chinois qui voyagent pour affaires ou en vue d’un événement culturel ou sportif pourront renoncer à fournir une réservation de vol et d’hôtel. Pour les touristes classiques en revanche, seule l’obligation de fournir une réservation de vol tomberait. «La Suisse soutient cette proposition», souligne-t-on à l’Office fédéral des migrations.

Marché à la hausse

Les règles appliquées jusqu’ici sont valables pour d’autres visiteurs: les Américains doivent aussi faire valoir une réservation de vol et d’hôtel afin d’obtenir un visa pour une destination en Europe, tout comme ceux en provenance d’Arabie saoudite. Mais ce sont les visiteurs de la République populaire de Chine qui, de loin, connaissent la croissance la plus fulgurante en Europe. Ils sont toujours plus nombreux à visiter la Suisse aussi, qui vient de signer un accord de libre-échange avec Pékin, entré en vigueur le 1er juillet, en vue d’intensifier les relations bilatérales.

«Les touristes chinois sont importants pour nous et le marché ne cesse de croître», souligne Manuel Staub, d’Hotelleriesuisse. Pour la période de janvier à juin 2014, l’Office fédéral de la statistique enregistre une hausse des arrivées de résidents chinois de 20%. Le nombre de nuitées de la clientèle chinoise a bondi de 247% entre 2005 et 2011. Les professionnels de la branche misent d’ailleurs sur une expansion continue, au vu du développement de la classe moyenne dans le pays, deuxième économie mondiale.