Tandis que Mgr Norbert Brunner, président de la Conférence des évêques suisses (CES), dénonçait hier dans Le Matin dimanche l’acharnement des médias contre l’Eglise catholique, Martin Werlen, prieur de l’abbaye d’Einsiedeln, réclamait dans le SonntagsBlick la création à Rome d’un registre central des membres du clergé contre lesquels une plainte pour abus sexuel avait été déposée.

Une telle centrale permettrait aux évêques du monde entier de se renseigner sur les prêtres ou les religieux transférés d’un diocèse à l’autre, et encouragerait une plus grande transparence, selon l’abbé Werlen, qui demandera à la CES de relayer sa proposition jusqu’à Rome.

Lieu d’accueil neutre

Martin Werlen, qui a révélé vendredi que cinq moines de l’abbaye d’Einsiedeln avaient commis des abus sur des élèves de l’école du couvent, souhaite également la création en Suisse d’un lieu d’accueil central et neutre pour les victimes. Il a déjà fait cette proposition à la CES, et il espère qu’elle prendra une décision rapide.

Par ailleurs, l’abbé se montre perplexe face à l’attitude de la hiérarchie vaticane à l’égard des scandales d’abus. La lettre pastorale de Benoît XVI aux catholiques irlandais lui inspire cette réflexion: «Je crains que la direction de l’Eglise à Rome ne prend pas la situation suffisamment au sérieux. Lorsque je pense que cette lettre a été publiée en anglais et en italien, mais pas en allemand, cela signifie qu’on sous-estime la situation telle qu’elle se présente actuellement dans l’espace germanique.»

Il critique également la lenteur de la réaction du pape: «La direction de l’Eglise doit apprendre à agir plus rapidement dans ce genre de situations. C’est une question qui concerne la culture de la communication. Une parole du pape doit être prononcée dans l’actualité de la situation. Elle ne doit pas venir deux mois plus tard. […] Notre crédibilité est en jeu.»

Samedi, Walter Müller, porte-parole de la CES, a fait savoir que la commission d’experts nationale sur les abus sexuels dans le cadre de la pastorale examinait actuellement neuf dossiers. Cette commission, créée en 2002, a une fonction consultative. Elle est chargée de conseiller la CES sur la meilleure manière de traiter certains cas. Elle est composée de huit membres, qui sont avocats, prêtres, psychologues ou psychothérapeutes. «Ces neuf cas, dont deux concernent des abus commis sur des femmes adultes, sont déjà traités par les diocèses concernés, dit-il au Temps. Pour trois d’entre eux, un dossier a été ouvert auprès du juge d’instruction.»

Vendredi, l’évêché de Coire avait annoncé qu’il examinait en ce moment dix cas présumés d’abus sexuels. Et l’évêché de Bâle avait admis qu’il connaissait le passé d’un prêtre abuseur schwyzois au moment de son engagement dans le diocèse.